À la plage dans mon Burkini

Si chaque Français devait vérifier ses antécédents dans l’Histoire, il se rendrait compte que pour l’immense majorité d’entre eux ses ancêtres venaient d’ailleurs, avec des coutumes et des façons de faire et de parler différentes de celles qu’ils on trouvée sur le territoire français en arrivant.

 On ne connaît pas grand-chose sur les Celtes, ils n’avaient pas l’écriture, mais on sait qu’ils arrivèrent en France probablement à partir de l’âge du bronze au IIe millénaire avant J.-C.. Avant eux, il y eut d’autres groupes présents sur le territoire de France depuis l’ère paléolithique  et l’ère néolithique.

La Gaule reçut diverses colonies étrangères qui lui apportèrent l’industrie des nations voisines, et les Romains jetèrent les fondements de Narbonne en 118 avant Jésus-Christ.

Lorsqu’en l’an 58 César résolut de faire la conquête de toute la Gaule, il est à noter que les dissensions qui existaient entre les tribus gauloises facilitèrent beaucoup son entreprise. Pourtant, la domination romaine dura 5 siècles et les Gaulois adoptèrent peu à peu la langue, les usages et les dieux de leurs vainqueurs.

Le nom de la France  est issu d’un peuple germanique, les francs.. Faut-il aller plus loin ?

Combien de temps, combien de générations faut-il avant que l’on puisse se considérer Français de souche ? Je ne sais pas, mais il serait important d’en débattre et d’établir une logique à ce sujet

Il n’u a pas si longtemps, on donnait des amendes aux femmes qui osaient se montrer en bikini sur les plages. Aujourd’hui, elles s’y promènent les seins à l’air.

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Par Romaissaa Benzizoune

Le New York Times

Il n’y a vraiment pas de bonne façon de décrire mon nouveau burkini. Il n’a vraiment aucune forme particulière, il ne ressemble à aucun style à la mode, il ne résout réellement aucun problème. Il entrave tout à la fois la modestie et la natation, il coûte plus de $100 plus les frais d’expédition, et ne peut se fermer qu’avec un système de crochets, de ceintures et de bandes élastiques.

Il est de couleur rose, rose Barbie.

66Et selon le maire de Cannes David Lisnard, s’il était porté sur une plage dans sa ville, il serait « indésirable ». Car c’est un « symbole de l’extrémisme islamique.” Il risquerait “de créer des perturbations sur la place publique.” J’ai l’impression qu’il ne parle pas de sa couleur ou de sa fonctionnalité ou des progrès à faire dans le design des vêtements modestes. Et c’est vraiment dommage. Dans un autre monde, nous pourrions faire une révolution dans la mode, ensemble.

J’ai l’impression qu’il ne saisirait pas l’ironie de ses paroles même si je les lui expliquais. Un flagrant exemple de « l’extrémisme islamique » est qu’il est interdit aux femmes musulmanes de se baigner à leur guise sur une plage. L’extrémisme restreint le choix de leurs vêtements, dérobe leur libre volonté, établi des règles sur la façon dont elles doivent se présenter en public. Un groupe de policiers armés a coincé une femme musulmane et apparemment l’a forcée à enlever son modeste vêtement devant une plage bondée de Nice.

22J’ai eu pas mal de maillots de bain au cours des 18 ans de ma jeune vie: d’élégants Speedo d’une pièce, des hauts et des maillots bleu-marine assortis, un burkini décent bleu-marine et ce cauchemar rose Barbie. Pendant plus de 10 de mes 18 ans, j’ai porté un foulard sur la tête. La modestie de mes maillots de bain a augmenté avec mon âge et mon dévouement à l’Islam, mais en dessous, je suis la même personne.

Dans mon esprit, le burkini a toujours été l’inévitable maillot de bain pratique, la dernière étape dans mon voyage pour devenir une hijabi convenable. L’acheter (pour plus de précision, c’est ma mère qui en a fait l’achat) a signifié ma transition. Je reconnus que ce serait contradictoire de porter un hijab dans la rue et un bikini à la piscine : Ce mode de vie islamique – à la différence de ma malheureuse phase végétarienne ou mon régime sans sucre ajouté – était pour toujours, même s’il n’était pas particulièrement de mode ou mal compris.

Tout comme d’autres actes récents de l’islamophobie – un imam et son assistant abattus dans ma ville natale de Queens, par exemple – l’interdiction du burkini dit, vous êtes indésirable ici ; vous êtes un symbole de l’extrémisme islamique ; vous êtes une personne à interdire ; vous êtes la fumée que l’État islamique a laissée sur son passage.

6 Mais pire que d’être personnelle, cette dernière attaque est régressive. Elle me dit: vos peurs les plus profondes ont toujours été valides. Vous ne pouvez pas nager à la piscine ou profiter d’une journée sur la plage sans être surveillée. La haine du monde vous colle comme une seconde peau. Vous serez une étudiante de première année à université à l’automne, mais jamais sans un lignage.

Ce qui me ramène à mes jours de lycée.

Dans le cadre de notre cours de natation obligatoire, toute ma classe du huitième grade a été témoin de mes débuts en burkini. Cela aurait dû bien se passer. Ma gentille prof de gym avait donné à l’avance son approbation à mon maillot de bain, et je savais que la plupart de mes camarades de classe étaient ouverts d’esprit. Mais ces faits ne me sont pas venus à l’esprit lorsque je suis sortie de la salle de bain, une fille de 13 ans, vêtue de quelque chose que personne d’autre dans la classe ne porte. Je me suis toujours changée dans une salle de bain. Je me souviens encore des regards alors que je piétinais dans le vestiaire, entièrement couverte à part les pieds, le visage et les mains. Je passais devant les gradins emplis d’amis et d’ennemis me dirigeant là où je devais passer mon test de nage individuelle.

Je me souviens encore aujourd’hui de ma sortie de la piscine. Tous mes camarades de classe avaient l’air de figurants dans un vidéo musical alors qu’ils sortaient de l’eau. Moi j’avais l’air des chutes du Niagara. Toute l’eau accumulée sous les deux mètres du tissu bleu-marine s’est écoulée sous moi alors que je montais l’échelle de la piscine. De lents sons de succion ont remplacé le rugissement sur le tissu collé sur chaque centimètre de mon corps. L’insécurité du burkini, l’insécurité du corps et l’insécurité sociale s’imposaient au-dessus de moi plus haut que tout plongeoir je pourrais espérer atteindre.

00 Longtemps après, j’ai préféré refuser les invitations à la plage et éviter les piscines pour ne pas me montrer en public dans mon costume de bain. Me couvrir mon corps dans un environnement qui semble tourner autour du bikini m’aurait aliéné encore plus loin de l’idée d’être normale. Le fait qu’il y a peu d’options pratique ou à la mode semblait confirmer mon choix.

La première fois que j’ai entendu parler des villes françaises interdisant le burkini, je me suis souvenue de ces regards fixes au lycée et des possibles malentendus qu’ils sous-entendaient. Je suis heureuse de voir que la justice française a suspendu l’interdiction dans une ville, mais je me méfie toujours des craintes qui ont conduit à l’interdiction en premier lieu.

Cet été, quand je me suis vue dans mon burkini rose pour la première fois, c’était avec les yeux d’une étrangère occidentale. Je n’ai pas vu ma réflexion en regardant dans le miroir le maillot de bain que j’avais soigneusement commandé sur l’internet en utilisant le compte PayPal de ma mère. J’ai vu une chose étrange dans toute sa longueur, une chose monstrueuse, sans grâce, presque un scaphandre, agrippé à mon corps.

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J’ai passé l’été au Maroc, mon pays d’origine, où l’océan et le sable et le soleil ne sont pas autant en demande, où il est très fréquent de voir des femmes dans leurs jilbabs et niqabs et des tenues complètes de natation nageant librement, où mon burkini rose trouve sa place. Des plages entières, des après-midi entiers pleins de rires et de bavardage arabe et sans risque de déranger l’ordre public.”

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Je veux dire au maire Lisnard que j’ai lutté avec des craintes plus graves que celles de ces maillots de bain qui lui font si peur : avec des appréhensions intériorisées, irrationnelles que l’on ressent au lycée. Je veux lui dire que la seule fois où je me suis approchée de devenir une menace pour l’ordre public, c’était quand j’ai appris à faire du patin en ligne. Que j’ai écouté beaucoup de Drake ces derniers temps, que j’ai hâte de commencer ma première année à l’université. Que j’ai une cousine dans son pays et qu’elle vient d’avoir son premier enfant, une fille.

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Romaissaa Benzizoune débute sa première année à l’université le mois prochain.

Une version de cette op-ed apparaît dans la presse le 28 août 2016, à la page SR2 de l’édition de New York avec le titre: At the Beach in my burkini. Livre d’aujourd’hui | Abonnez-vous.

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