Au-delà des essais d’émissions de Volkswagen

ÉDITORIAL

Les Pages Opinion

Par le conseil de rédaction du New York Times

16 février 2016

Si les opinions américaines diffèrent souvent de celles en vigueur en Europe, voilà un cas où une décision devra s’appliquer autant à l’Europe qu’à l’Amérique. Il sera pourtant intéressant de voir si la résolution sera différente d’un continent à l’autre. A suivre.

Volkswagen est rarement en dehors des nouvelles ces jours-ci, mais les récits ont du mal à peindre une image cohérente. Un rapport indique que VW [Volkswagen] a l’intention d’offrir une « généreuse » indemnisation pour les propriétaires américains de voitures VW possédant des logiciels conçus pour tricher sur les essais d’émissions. Pourtant, un autre rapport affirme que la supercherie ne peut pas avoir été illégale en Europe, où les constructeurs automobiles peuvent apparemment déterminer eux-mêmes les paramètres pour les essais sur pollution, en veillant à ce que les voitures de l’épreuve passent le test même si les voitures sur la route ne pourront jamais le faire. Cela signifie-t-il que le scandale n’est qu’à propos des normes d’essai ?

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Non, ce n’est pas le cas. Bien que les régulateurs européens soient notoirement plus laxistes dans leurs tests et aient longtemps eu une relation accommodante avec l’industrie automobile, le point saillant est que Volkswagen et les autres principaux constructeurs automobiles sont bien au courant de ce que les oxydes d’azote qui s’échappent des moteurs diesel entraînent des maladies respiratoires et cardio-vasculaires, du smog [une pollution industrielle mélangée à du brouillard], des pluies acides et provoquent des décès prématurés, en Europe comme en Amérique. Les constructeurs automobiles ont trompé le public à propos de ce contrôle. C’est là le sujet du scandale.

0Volkswagen, qui a une considérable expérience avec les moteurs diesel et qui jusqu’à ce que le scandale éclate avait l’ambition de devenir le plus grand producteur d’automobiles au monde, aurait dû être le leader dans la production d’un diesel propre. C’est en fait ce que la compagnie prétend être dans sa vigoureuse campagne de publicité “Clean Diesel” [Diesel Propre]. Cependant, encore aujourd’hui VW et peut-être d’autres constructeurs automobiles semblent incapable de comprendre que, du point de vue du public, le problème n’est pas tellement d’avoir triché sur des essais que d’avoir dissimulé la menace que ses voitures ont posé pour la santé du public.

9Le directeur de l’administration de Volkswagen, Matthias Mueller, était sans doute navré au salon automobile de Detroit le mois dernier quand il a déclaré une fois de plus qu’il était “vraiment désolé.” Mais tant que VW et les autres constructeurs automobiles ne voient les tests d’émissions, aux États-Unis ou en Europe, que comme un obstacle purement technique qui doit être géré par un lobby massif, une ingénierie évasive, des relations publiques agiles et une indemnisation libérale, le vrai problème ne sera pas résolu.

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Une version de cet éditorial paraît dans la presse le 17 février 2016, dans The International New York Times.

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