Briser le cycle de l’isolement racial

Sunday Review |

ÉDITORIAL

par le conseil de rédaction du NEW YORK TIMES

17 Octobre 2015

Cette étude sur la discrimination dans le logement et l’immobilier offre un intérêt qui dépasse le territoire des États-Unis et ses principes peuvent s’appliquer en France et partout en Europe. Elle donne à réfléchir sur le potentiel et les moyens d’intégration basés sur le revenu ou les origines ethniques.

La discrimination raciale dans le logement reste très répandue et bien ancrée aux États Unis et les gouvernements à tous les niveaux portent une lourde part du blâme. Bien que l’on cite du bout des lèvres le Fair Housing Act de 1968 [la loi sur le logement équitable] qui exige que les États et les localités qui reçoivent des subsides du gouvernement fédéral se doivent de tenter de surmonter les tendances historiques à l’isolement racial. Les élus ont souvent renforcé la ségrégation à travers un éventail d’actions politiques. Parmi les plus pernicieuses est la pratique de construire des logements subventionnés, mais principalement dans des ghettos existants, plutôt que dans les zones qui offrent à des familles à revenu faible l’accès à des quartiers sécuritaires, à de bons emplois et à des écoles qui permettent à leurs enfants de mieux se développer.

Des retombées bénéfiques et inattendues se produisent lorsque le cycle de l’isolement racial est brisé. Un exemple encourageant peut être trouvé dans la banlieue de Mount Laurel dans le sud du New Jersey, où il fut un temps, les politiques de zonage, excluaient les familles noires et celles à faible revenu. Mais elles ont été la cible d’un procès important il y a près d’un demi-siècle. Dans une décision rendue en 1975 puis en 1983, la Cour suprême du New Jersey a ordonné à Mount Laurel et d’autres banlieues de ne plus écarter les logements abordables et de réécrire les lois de zonage nécessaire pour permettre ce type de logement.

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Le remède que Mount Laurel représente eut une naissance difficile et attire encore les foudres aujourd’hui. Certains responsables locaux travaillent avec diligence pour revenir à une époque où les citoyens pauvres et minoritaires n’avaient pas le choix et vivaient emmurés dans des ghettos réduisant ainsi leurs vies et celles de leurs enfants. Le Gouverneur du New Jersey Chris Christie et ses alliés dans certaines des villes riches de l’état, seraient heureux de tuer ce remède.

Mais bien des bénéfices ont suivi les décisions de la cour. Des zones autrefois soumises à la ségrégation sont aujourd’hui plus diversifiées et plus de 60.000 maisons ont été construites dans les banlieues du New Jersey pour des familles à revenu faible et modeste leur donnant ainsi accès à des emplois solides et la possibilité d’acheter de l’immobilier.

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Les critiques feraient bien d’étudier Mount Laurel, où un ensemble de logements abordables qui a été ouvert en 2000 a apporté des avantages qui ont été relatés dans une étude menée par Douglas Massey, sociologue de Princeton University. L’étude raconte dans le livre “Climbing Mount Laurel,” [Grimper le Mont Laurel] qu’un développement de logements bien entretenus, abordables, attrayants dans un quartier riche peut améliorer la vie de familles en difficulté sans mettre en péril les valeurs des propriétés locales et sans entraîner plus de crimes ou devenir un fardeau économique pour la communauté.

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L’histoire de Mount Laurel est instructive. À la moitié du 20e siècle, les Afro-Américains se trouvaient confinés par un omniprésent préjudice et une discrimination des hypothèques subventionnée par le gouvernement fédéral qui les empêchaient d’amasser un pécule personnel et d’acheter de l’immobilier. À Mount Laurel, les familles noires qui avaient vécu dans la région depuis des générations se sont trouvées exclues du marché lorsque le canton a été transformé d’une communauté agricole endormie en une banlieue souhaitable à proximité de Philadelphie. Avec peu d’options en matière de logement – et voulant éviter les ghettos des grandes villes de Camden ou de Philadelphie – les familles noires ont alors emménagé dans des fermes délabrées, des maisons estivales ou des poulaillers convertis. Lorsque la zone est devenue encore plus haut de gamme, les fonctionnaires ont commencé à condamner et à raser ces structures.

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En 1968, un groupe de la communauté nouvellement formée choisit une parcelle de terrain et a entrepris de jeter des plans pour construire 36 des appartements de deux et trois chambres à coucher qui seraient abordables à des locataires à faible revenu. Le maire de la municipalité a par la suite dit aux résidents noirs : “Si vous ne pouvez vous permettre de vivre dans notre ville, il vous faudra la quitter.” Les résidents noirs ont porté plainte, alléguant que le canton de Mount Laurel Township avait utilisé un zonage d’exclusion afin de fermer systématiquement les zones sur les bases de race et de classe. Ils ont en outre insisté que le canton avait une responsabilité péremptoire de permettre le logement des personnes de toutes races et tous revenus.

Les plaignants noirs n’étaient pas les seuls. Les promoteurs immobiliers et le syndicat United Auto Workers ont également entamé une poursuite contre les banlieues qui excluaient les personnes à faible revenu à travers des lois de zonage, tout en ouvrant les bras pour les industries et la construction de logements pour une classe moyenne en pleine expansion.

Le tribunal a cherché à mettre un terme à tout cela avec le cas de Mount Laurel. Il a jugé que le canton pratiquait une forme illégale de discrimination contraire à la Constitution de l’État, et a ordonné aux municipalités dans tout l’État de mettre fin au zonage d’exclusion et de créer des actions politiques d’utilisation des terres qui offraient une gamme d’options réalistes de logements.

De nombreux résidents de Mount Laurel qui avait violemment opposé les « logements abordables » assimilés aux ghettos infestés de criminalité des grands centres urbains dans le reste du pays. La conception de Mount Laurel est tout sauf ça.

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Magnifiquement aménagée, la subdivision – connu sous le nom Ethel Laurent Homes – est à certains égards plus attrayante que d’autres lotissements à proximité pour les familles à revenu moyen et élevé. Sa gestion a rigoureusement examiné les candidats et a essayé d’assurer un mélange des moyens en établissant des lignes directrices sur les revenus. Les gestionnaires de la subdivision ont également mis l’accent sur l’aide aux enfants qui vivent dans le lotissement.

 Pendant ce temps, selon “Climbing Mount Laurel,” la criminalité n’a pas augmenté, la valeur des propriétés à proximité n’a pas baissé et les impôts n’ont pas augmenté. Le mix s’est effectué avec tant de douceur et un tel silence que dix ans après son ouverture, les trois quarts de la population dans les lotissements voisins ne connaissaient même pas son nom, et près d’un tiers ne savaient pas qu’une telle subdivision avait même existé dans la région.

Les familles arrivées à Mount Laurel d’endroits plus pauvres en ont clairement bénéficié. Comparées aux familles qui ont fait la demande pour habiter sur le lotissement, mais ont trouvé un   logement ailleurs, les familles d’Ethel-Laurent Homes ont démontré posséder des taux plus élevés d’emploi et de revenu familial, et un moindre taux de dépendance sociale. Les parents sont plus étroitement engagés dans la vie de l’école de leurs enfants, qui ont de bons résultats scolaires, même s’ils se trouvent dans des écoles plus difficiles.

Quelle que soit la raison précise de son succès, disent les auteurs, la subdivision Ethel Laurent Homes donne crédibilité à l’idée de développer des logements abordables, à la fois comme politique sociale pour la promotion de l’intégration raciale et l’intégration de classes en Amérique métropolitaine”. Elle présente également une stratégie pratique pour réduire la pauvreté et pour réalise une mobilité économique.

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