Ce que l’on apprend à la quarantaine

 

Pamela Druckerman

Le New York Times.

Février 28, 2014

Le point de vue d’Américains vivant en France depuis longtemps est tout aussi instructif et intéressant que celui de ceux qui résident outre-Atlantique.

La quarantaine, ce n’est pas être en quarantaine, loin de là  ! Avoir la quarantaine c’est avoir atteint une étape dans le long parcours de la vie.

J’ai déjà rapporté les propos de Pamela Druckerman dans ce blogue. Elle vit à Paris et écrit en anglais pour le New York Times. [voir les sections immigration et éducation américaine sur ce blogue]. Si Druckerman s’adresse ici à ceux qui atteignent la quarantaine, son bon sens, sont discernement et son humour intéresseront les lecteurs de tout âge.

À la quarantaine on prend conscience que l’on a depassé la jeunesse, que la jeunesse nous a délogés et que l’on entre dans ce que l’on appelle l’âge mûr. On fait le point de ses rêves et de ses ambitions, accomplies ou encore en attente, satisfaites ou insatisfaites. Les expériences et les réalisations que l’on va réaliser vont, au fur et à mesure, nous mener d’une relative dépendance à une plus grande autonomie, qui sera signe de sagesse et de maturité. Le processus de maturité implique l’acquisition de nouvelles compétences, l’acceptation de l’incertitude de l’avenir, en somme la modification d’attitudes trop exclusives. Voici donc la traduction de l’article de Pamela Druckerman.

 PARIS – Si tout se passe selon le plan, j’aurai 44 ans dans peu de temps. Jusqu’à présent, dans ma vie d’adulte, je n’ai jamais réussi à saisir le point principal d’une décennie jusqu’à longtemps après qu’elle soit passée. Il s’avère que je n’aurais pas dû passer ma vingtaine a frénétiquement chercher un mari ; j’aurais dû établir ma carrière et profiter de mon dernier souffle de liberté.

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J’ai ensuite passé ma trentaine à ruminer sur les griefs accumulés dans ma vingtaine. J’aimerais, cette fois-ci gagner du temps en tentant de comprendre cette décennie pendant que j’y suis encore.

Approcher un certain âge à Paris, l’épicentre de l’existentialisme, n’est pas particulièrement utile. Avec leur amalgame de subtilité et de pessimisme, les Français morcellent la quarantaine entre la «crise des années 40», la «crise des années 50» et le «démon de midi » (qu’un écrivain français décrit comme : « lorsqu’un homme de la cinquantaine tombe amoureux de la baby-sitter »].

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La quarantaine moderne est si remplie qu’il est difficile de l’évaluer. Les chercheurs la traduisent par « l’heure de pointe de la vie », là où la carrière et le point culminant de l’éducation des enfants entrent en collision. Les professionnels qui ont atteint la quarantaine sont la génération des doubles revenus et des jumeaux encore petits.

La littérature d’aujourd’hui traite les années 40 comme les années transitoires. Victor Hugo a prétendument appelé la quarantaine “la vieillesse de la jeunesse.” À Paris, c’est quand les serveurs commencent à vous appeler «Madame» sans clin d’œil railleur.

La sagesse conventionnelle veut que vous soyez alors encore passablement jeune, mais que tout soit en déclin: la santé, la fertilité, la certitude que vous aurez lu Hamlet un jour et saurez comment faire cuire les poireaux. Il y a parmi mes collègues un sentiment de maintenant ou jamais. Nous avons encore le temps d’un deuxième acte, mais nous ferions mieux de nous dépêcher.

Je crois que la plus importante transition de la quarantaine est de réaliser que nous avons quand même réussit à apprendre et à murir.

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Dans 10 ans, nos convictions d’aujourd’hui nous paraitront sans doute naïves. Mais pour l’instant, afin de cimenter nos petits gains, voici quelques-unes des choses que nous savons aujourd’hui, mais ignorions il y a dix ans.

  • Si vous vous inquiétez moins de ce que les gens pensent de vous, vous pouvez amasser une étonnante quantité de renseignements à leur sujet.
  • Vous ne terminez plus les discussions en vous demandant ce qui s’est passé. Les pensées et les motivations des autres vous sont enfin révélées.
  • Les gens essaient constamment de façonner la façon dont vous les considérez. Dans certains cas extrêmes, ils semblent vouloir transmettre une devise personnelle, telle que «ma façon d’éduquer mes enfants est relax! »; « le chiffre de mon salaire tourne autour de six zéros »; «Je suis authentique et ne cherche pas à faire une impression particulière! »

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  • Huit heures de sommeil continu, non médicamenté est un des grands plaisirs de la vie. En fait, rayer non médicamenté. »
  • Il n’y a pas d’adultes. Nous le suspections quand nous étions jeunes, mais nous pouvons seulement le confirmer maintenant que nous sommes ceux qui écrivent des livres et assistent aux conférences entre parents et enseignants.
  • Tout le monde improvise, c’est seulement que certains d’entre nous le font avec plus de confiance.
  • Il n’y a pas d’âmes sœurs. Au moins pas dans le sens traditionnel du terme. Quelqu’un m’a dit lorsque j’avais vingt ans que chaque personne avait au moins 30 âmes sœurs dans le monde. (« Oui, » m’a dit un collègue, quand je l’ai informé de cela, « et j’essaie de coucher avec chacune d’elles. ») En fait, être une  âme sœur  n’est pas une condition préexistante. C’est un titre qui se mérite. Les âmes sœurs se font en heures supplémentaires. Vous raterez sûrement quelques âmes sœurs. Cela vaut pour les amitiés, aussi. Il y aura des gens inoubliables avec qui vous avez partagé une excellente soirée ou quelques jours. Mais ils vivent à Hong Kong, et vous ne les reverrez jamais. La vie est ainsi faite.
  • Les scènes émotionnelles sont fatigantes et inutiles. Lors d’un mariage il y a plusieurs années, un vieux monsieur britannique qui m’avait trouvé boudant dans un coin m’a gentiment expliqué que je souffrais d’une GES – a Ghastly Emotional Scene, une horrible scène émotionnelle. Au cours de votre quarantaine, elles ne semblent plus nécessaires. Pour commencer, vous n’êtes plus invitée à des mariages. Et vous et votre partenaire connaissez si bien vos disputes coutumières, qu’il vous suffit d’un dixième du temps pour en entreprendre une.
  • Pardonnez à vos ex, même les plus terribles. C’est simplement qu’eux aussi improvisaient.
  • Lorsque vous rencontrez quelqu’un d’extrêmement charmant, soyez prudente plutôt qu’éblouie. Lorsque vous atteignez la quarantaine, vous savez mieux repérer les narcissiques, avant qu’ils gâchent votre vie. Vous savez que «gentil» n’est pas une qualité suffisante pour l’amitié, mais qu’elle est nécessaire.
  • Les bizarreries de jeunesse peuvent se raffermir en pathologies adultes. Ce qui est adorable à 20 ans peut être inquiétant à 30 ans et dangereux à 40. En outre, à la quarantaine, vous devinez les contours de ce à quoi vos pairs ressembleront quand ils en auront 70.
  • Un plus grand nombre de vos qualités sont universelles. Ma pseudo-scientifique évaluation est que nous sommes 95 pour cent troupeau et cinq pour cent uniques. Savoir cela est autant une déception, qu’un soulagement. Mais vous trouverez votre troupe. Le comique américain Jerry Seinfeld a déclaré dans une interview l’année dernière que le moment des Emmy Awards qu’il préfère est lorsque les auteurs de comédie montent sur scène pour recevoir leur prix. « Je regarde ces crétins déformés qui ressemblent à des gnomes, et je me dis,  c’est moi. C’est qui je suis. C’est mon groupe ». Quand vous avez atteint la quarantaine vous ne voulez pas être avec les gens cool; vous voulez être avec vos gens.

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  • Il suffit de dire «non». De ne jamais suggérer de déjeuner avec des gens avec qui vous ne voulez pas déjeuner. Ils seront bien moins déçus que vous ne l’imaginez.
  • Vous n’avez pas à décider si Dieu existe. Peut-être qu’il existe, et peut-être pas. Mais si vous vous inquiétez de ce que la National Security Agency est en train de lire vos e-mails (et qu’en tant qu’étrangère en France, vous enfreignez constamment les règles culturelles), il vaut mieux ne pas savoir si une autre organisation vous regarde.

Enfin, quelques conseils supplémentaires tirés de quatre décennies d’expérience:

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  • N’achetez pas ces jeans de taille trop petite, avec l’espoir que vous allez bientôt perdre du poids.
  • Si vous êtes invitées à déjeuner avec quelqu’un qui travaille dans la mode, ne portez pas votre tenue la plus “à la mode”. Portez du noir. Si vous aimez la tenue sur le mannequin, acheter exactement ce qui est sur le mannequin. N’essayez pas de recréer le même look par vous-même.
  • C’est OK de ne pas aimer le jazz.
  • Lorsque vous vous demandez si elle est sa fille ou sa petite amie, elle est sa petite amie.

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  • Lorsque vous n’êtes pas sûr si c’est une femme ou un homme, c’est une femme.

Pamela Druckerman est l’auteur de “Bringing Up Bébé: Une mère américaine découvre la sagesse de l’éducation des enfants français,” et un écrivain qui contribue son opinion sur le New York Times.

 

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