Composition et Structure de la Gratitude

La gratitude, dit David Brooks, c’est quand une certaine gentillesse dépasse notre attente, quand elle est imméritée. La gratitude est une sorte d’élan du cœur qui surgit à la suite d’une surprenante gentillesse, et je partage son opinion, La gratitude n’est pas seulement le sentiment de remerciement que l’on ressent quand on reçoit un bienfait, mais l’appréciation de l’effort que l’on fait lorsqu’on rend service.

28 juillet 2015

David Beooks, Le New Yoek Times

Je suis parfois grincheux quand je descends dans un bel hôtel. J’y ai certaines expectatives sur le service qui sera mis à ma disposition. Je m’impatiente dès que je dois ramper à la recherche d’une prise de courant, si les commandes de la douche sont incompréhensibles, ou si l’endroit se considère trop haut de gamme pour mettre une machine à café dans chaque chambre. Je suis souvent plus heureux dans un modeste motel, où mes attentes sont moins prétentieuses, et où un fer à repasser qui fonctionne est une gratification et le gaufrier dans la salle du petit déjeuner un vrai plaisir.

Ce petit phénomène démontre combien la puissance de nos expectations peut façonner nos humeurs et nos émotions, mais jamais autant que la gracieuse émotion de gratitude.

La gratitude c’est quand une certaine gentillesse dépasse notre attente, quand elle est imméritée. La gratitude est une sorte d’élan du cœur qui surgit à la suite d’une surprenante gentillesse.

8 La plupart des gens sont reconnaissants de temps à autre – lorsqu’on est protégé d’une erreur ou lorsqu’on vous apporte à manger si vous êtes malade. Mais certaines personnes ont une disposition particulière pour être reconnaissantes. Elles donnent l’impression d’être reconnaissantes pratiquement tout le temps.

Ces personnes peuvent avoir de grandes ambitions, mais elles ont conservé de faibles expectations. Alors que nous progressons dans la vie pour gagner plus de statuts, nous nous habituons à être traités gentiment et à recevoir un plus grand respect.

 

Mais ceux qui ont une disposition reconnaissante ne tiennent rien pour acquis. Ils ressentent le même frisson qu’un débutant lorsqu’ils reçoivent quelques mots d’éloge, pour la bonne performance d’un autre ou pour une journée ensoleillée. Ces personnes vivent dans le présent et sont particulièrement réactives.

4Ce genre de disposition à la reconnaissance vaut la peine d’être analysée, car elle découle d’une mentalité qui fait contrepoids aux discussions dominantes de notre culture.

Nous vivons dans une méritocratie capitaliste. Cette méritocratie encourage les gens à être autosuffisants – maîtres de leur propre destin. Mais les gens avec une disposition reconnaissante sont particulièrement conscients de leur perpétuelle dépendance des autres. Ils chérissent la façon dont ils ont été façonnés par leurs parents, leurs amis et leurs ancêtres qui étaient à certains égards, leurs supérieurs. Ils sont heureux de reconnaître que l’idéal de l’autonomie individuelle est une illusion parce que s’ils devaient ne dépendre que sur eux-mêmes leur situation serait bien pire.

La logique de base de la méritocratie capitaliste est que vous recevez ce pour quoi vous avez payé, que vous écopez ce que vous méritez. Mais les gens à la disposition reconnaissante sont constamment frappés par le fait qu’ils reçoivent beaucoup plus que ce qu’ils ont payé et qu’ils sont beaucoup plus riches que ce qu’ils méritent être. Ils ont reçu beaucoup plus de leurs familles, de leurs écoles et de leurs camps d’été que ce qu’ils donnent en retour. Il y a beaucoup de surplus de bonté dans la vie quotidienne qui ne peut être expliquée par la logique de l’égalité des échanges.

Le capitalisme nous encourage à voir les êtres humains comme des gens qui ne s’intéressent qu’à leur propre intérêt, qui ne sont que des machines à maximiser.

Mais les gens dont la disposition est d’être reconnaissants sont sensibles à l’économie du don dans laquelle les gens sont motivés par la sympathie autant que par leur propre intérêt. Dans l’économie de dons, les intentions comptent. Nous sommes reconnaissants aux personnes qui ont essayé de nous faire des faveurs, même lorsque ces faveurs ont échoué. Dans l’économie de dons, la sollicitude compte. Nous sommes reconnaissants lorsque certaines personnes ont montré qu’ils se souciaient de nous plus que nous imaginions qu’ils le feraient.

Nous sommes reconnaissants quand les autres ont fait un saut d’imagination pour se loger dans notre esprit, même sans tirer aucun avantage pour eux-mêmes.

5 La gratitude est aussi une forme de ciment social. Dans l’économie capitaliste, la dette doit être remboursée au prêteur. Mais une dette de gratitude est remboursée d’avance à une personne qui ne la mérite pas plus. De cette façon, chaque don ondule en cercles de liens d’affection de personne en personne. Cela nous rappelle que la société est non seulement un contrat basé sur le bénéfice mutuel, mais une connexion organique basée sur la sympathie naturelle – des connexions qui sont cultivées non par intérêt, mais par la loyauté et le service.

 Si vous imaginez que la nature humaine est bonne et puissante, vous avancez frustré parce que la société n’est pas parfaite. Mais si vous passez votre vie pensant que votre raisonnement n’est pas terrible, que vos compétences individuelles ne sont pas tellement impressionnantes, et que votre bonté est fortement marbrée, vous êtes alors étonné en quelque sorte, que la vie ait réussi à être aussi douce qu’elle l’est. Vous êtes reconnaissants pour toutes les institutions que nos ancêtres nous ont laissées, tels que la Constitution et nos coutumes, qui nous forment de façon à ce que nous soyons meilleurs que nous le serions autrement.

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L’appréciation devient la première vertu politique et la nécessité de parfaire les dons des autres devient la première tâche politique

Nous vivons dans une méritocratie capitaliste qui encourage l’individualisme et l’utilitarisme, l’ambition et l’orgueil. Mais cette société tomberait en morceaux si ce n’était pour une autre économie, celle dans laquelle les dons dépassent les attentes, dans laquelle l’insuffisance est reconnue et dans laquelle on loue la dépendance.

1La gratitude est la capacité de voir et d’apprécier cette autre économie presque magique. GK Chesterton a écrit que «les remerciements sont la plus haute forme de la pensée, et que la gratitude est le bonheur doublé par l’émerveillement.”

Pour les personnes reconnaissantes, ce sont leurs efforts qui sont ennoblis et non par leur personne. La vie ne dépasse pas leurs rêves, mais surpasse joliment leurs attentes.

 

 

Le New York Times opinions

David Brooks

Politique, culture et sciences sociales.

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