La doctrine sans gouvernance

[La doctrine Leaderless]

Par David Brooks, éditorialiste au New York Times

March 10 , 2014

Dans un éditorial parut le 10 mars 2014 dans le New York Times, David Brooks débat  de ce qu’il conçoit comme la métamorphose de la compréhension Américaine du rôle des États-Unis dans le monde,  de la nature du pouvoir et de ses complexes et déconcertantes conséquences.

Voyons pour commencer quelle est la nature de ce changement.

David Brooks prétend que pour la première fois depuis un demi-siècle, tel que le démontre le plus récent sondage du Pew research Center, la majorité des Américains pensent que les États-Unis devraient moins s’engager dans les affaires du monde. Pour la première fois dans l’histoire. Une légère majorité des Américains pensent que l’influence de leur pays s’affaiblit et cherche trop à résoudre les problèmes du monde.

À première vue, remarque Brooks, cela ressemble à de l’isolationnisme. Après l’épuisement de l’Irak et de l’Afghanistan, et au milieu de la persistante stagnation économique, les Américains se tournent vers l’intérieur.

Mais à y voir de plus près,  on se rend compte en étudiant les données que ce n’est pas le cas.

Sur le plan économique, l’Amérique ne se  tourne pas vers l’intérieur et  toujours selon Pew, plus des trois quarts des Américains pensent que les États-Unis devrait être plus économiquement intégrés au monde.

Culturellement, la grande majorité des Américains embrasse la mondialisation de la culture et l’internationalisation des collèges et des lieux de travail. Les Américains ne tournent pas plus vers l’intérieur lorsqu’il s’agit d’activisme . Ils ont une grande confiance dans les efforts d’égal à égal pour promouvoir la démocratie, les droits de l’homme et le développement.

Ce qui se passe c’est plutôt que les Américains ont perdu foi sur ce que les institutions politiques et militaires américaines peuvent accomplir pour façonner le monde. L’opinion  est marquée par un étonnant sens de limitation. Les Américains sont persuadés que ce que la politique et le militaire peuvent accomplir est devenu extrêmement limité.

Les sondages démontrent que ce sens de limitation est partagé à parts égales entre les partis politiques démocrates et républicains. Étonnamment, peu de réprobations furent entendues au cours des récents débats sur les propositions de coupures de dépenses militaires qui réduiraient la taille de l’armée américaine à son plus bas niveau depuis 1940. Cela illustre le fait que les Américains ne sont plus sûrs que la puissance militaire puisse accomplir beaucoup.

Ces changements ne sont pas simplement le résultat d’une désillusion d’après-Irak , ou quoi que ce soit qu’ait pu faire  l’administration, précise Brooks. Le changement dans les valeurs de la politique étrangère est un sous-produit d’un changement culturel plus large et plus profond.

Les anciens combattants de la Seconde Guerre mondiale sont retournés à la vie civile avec une foi fondamentale dans les grandes institutions: puissantes armées, grandes entreprises et syndicats. Ils avaient tendance à adopter un style de leadership hiérarchique.

La guerre froide qui suivit fut une compétition entre États-nations bien définis.

Les leaders américains responsables créèrent  un ordre international libéral. Ils entretinrent cet ordre avec des flottes qui parcouraient les mers, des armées stationnées dans le monde entier et une certaine habileté diplomatique.

Au cours des décennies suivantes la foi dans les grandes institutions s’est érodée dans toutes les sphères de la vie, poursuit Brooks. Les hiérarchies de gouvernance se sont étalées. Aujourd’hui, les Américains sont plus susceptibles de croire que l’Histoire est le résultat de rassemblements sur les places  publiques que de forces venant de haut lieu.

L’ordre libéral, poursuit Brooks,  n’est plus un système unique organisé et défendu par la force militaire américaine, mais un réseau spontané de contacts directs de personne à personne, qui découle le long des artères de l’Internet.

L’autorité  réelle dans le monde n’est plus militaire ou politique. Elle est le pouvoir que possèdent  les individus à ôter  leur consentement.

Dans une ère de marchés et de médias mondiaux, le pouvoir de l’État et du canon pâlit, pense Brooks, devant la puissance des essaims d’individus. Le pouvoir réel se trouve dans l’essaim.

Nous débattrons  bientôt des conséquences complexes et déconcertantes qui découlent de ces observations et que David Brooks perçoit dans son éditorial.

 

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