La vies des jeunes familles américaines

 

Dans le magazine américain : New York Review of books,  Marcia Angell analyse le livre d’Alison Wolf,  récemment publié chez Crown:

The XX Factor: How the Rise of Working Women Has Created a Far Less Equal World:

Le facteur XX: Comment la montée de la femme au travail a t’elle créé un monde  bien moins égal  [sous-entendu : que l’on imagine]

L’analyse du livre par Marcia Angell  traite d’un sujet contemporain de la vie des couples en Amérique. J’en ai tiré plusieurs réflexions dont voici la première. L’évolution sociale dont parle l’auteur est un mouvement que l’on trouve également en France, mais peut être pas avec la même ampleur qu’aux USA.

Je donne la parole à Marcia Angell

“Au cours des deux ou trois dernières décennies, les femmes ont pris en nombre important leur place aux côtés des hommes aux niveaux supérieurs du gouvernement ainsi que dans  les professions libérales et dans les entreprises.

Elles obtiennent aujourd’hui plus de la moitié de tous les diplômes universitaires, et elles seront bientôt la majorité des avocats, des médecins, et des professeurs d’université. Bien qu’elles ne représentent encore qu’une petite minorité de dirigeants politiques et économiques, là aussi la situation évolue.

L’ascension rapide des femmes aux secteurs les plus influents de la société se produit dans tous les pays occidentaux avancés. Cette situation est susceptible d’avoir des implications profondes pour la politique publique, et encore plus pour la façon dont les familles construisent leur vie et élèvent leurs enfants.

Dans son livre remarquablement détaillé, Alison Wolf décrit ces femmes au sommet – pourquoi leur nombre a t’il augmenté si rapidement ces dernières années et comment se structure leur vie.

L’auteur estime qu’elles représentent dans les pays avancés, de 15 à 20 pour cent des femmes qui travaillent, soit environ 70 millions de femmes dans le monde. Alison Wolf les appelle diversement “femmes professionnelles » ( un malheureux choix selon Marcia Angell) , les «diplômés » et «l’élite », mais aucun de ces termes ne capture tout à fait la combinaison de l’éducation , de l’ambition , et de l’engagement professionnel qui caractérise ces femmes.”

De toute évidence, nous aurions besoin d’un terme qui renvoie à quelque chose de plus exact que simplement diplômé de l’université, mais il est difficile d’arriver à un seul terme, comme le démontre Wolf. Je vais les appeler «la classe moyenne – supérieure »,  dit Marcia Angell, même si ce n’est pas très précis non plus. [En français, on dirait aussi la haute bourgeoisie].

Marcia Angell continue :

“L’accent sur les femmes de la classe moyenne supérieure me semble justifié, puisque leur ascension vers le sommet est un phénomène nouveau et très peu étudié. En dépit de la montagne de données que Wolf a amassée, elle ne parle pas beaucoup de ce que, d’après elle, le lecteur doit conclure de tout cela.

“”Je vais essayer, dit Angell, “de tirer quelques conclusions ici, basé sur son livre, sur d’autres publications, et sur ma propre expérience.

Jusqu’aux années 60, à quelques exceptions près, la seule façon que même les femmes cultivées possédaient pour parvenir à la sécurité et peut-être aussi à un statut social était de faire un aussi bon mariage que possible, le plus tôt possible. Elles devaient pour cela abandonner la vie active – si elles n’y avaient jamais participé – , et passer le reste de leur vie à s’occuper de leur famille et de leur maison. Leur standing social était celui de leur mari. Pour des raisons pratiques, le sexe, le mariage et les enfants étaient étroitement liés, du moins dans les cercles respectables. Il n’y avait pas de régulation des naissances fiable, la stigmatisation sociale de la grossesse extra-conjugale était immense, et les hommes célibataires ne prenaient pas souvent la responsabilité des enfants qu’ils engendraient, laissant les mères célibataires à peine en mesure de soutenir leurs enfants. Les femmes intelligentes faisaient en sorte de ne pas tomber enceintes avant le mariage, et la meilleure façon de s’assurer cela était de ne pas avoir de relations sexuelles.

Depuis le début des temps jusqu’aux années 50, le mariage avait donc un élément transactionnel.

Bien sûr, il y avait souvent aussi l’amour et la bonne compagnie, mais tout au long de l’Histoire, comme Wolf l’écrit, ” refuser le sexe était la principale arme que possédaient les filles.”

Tout cela a changé du jour au lendemain quand la pilule de régulation des naissances est apparue au début des années 1960. Soudain, le sexe avant le mariage n’était plus risqué. Très vite, la pilule s’est répandue, et pour la première fois, les femmes et les hommes peuvent avoir des rapports sexuels sans crainte de la grossesse.

Les femmes comme les hommes ont souvent plusieurs partenaires sexuels avant le mariage, et se marient plus tard qu’elles ne le faisaient auparavant. La moyenne d’âge des femmes au premier mariage a augmenté de vingt et un en 1960 à vingt-sept ans en 2011.

Une contraception fiable a également permis aux femmes d’entreprendre de longues années d’études et de s’engager dans des carrières d’une manière qui était impossible auparavant, et ce, avec des encouragements de toutes parts y compris  de leurs pères. Une des raisons de ce changement d’attitude des pères est que dans la seconde moitié du XXe siècle, les familles sont devenues plus petites, les enfants ne sont plus une valeur économique pour le travail dans les exploitations agricoles et les entreprises familiales, et avec l’augmentation du niveau de vie et l’amélioration des soins de santé, ils sont censés survivre jusqu’à l’âge adulte.

Avec les années 80, les femmes atteignaient les échelons supérieurs de la société par leurs propres moyens. Les revenus d’un grand nombre d’entre elles étaient suffisamment élevés pour leur permettre d’avoir des enfants hors mariage, et si nécessaire,  pour subvenir à leurs besoins. Sexe, mariage, et les enfants n’étaient plus nécessairement liés.

Pourtant, dans la classe moyenne supérieure, ces trois facteurs le sont encore.

Ces femmes vivent rarement seules, mais font plutôt ce que Wolf appelle un « Assortative mariage », [un mariage assorti] c’est-à-dire un mariage entre deux égaux, terme qui peut sans doute se traduire encore par homogamie. Elles épousent des hommes qui leur ressemblent – bien éduqués et pleinement engagés dans leurs propres et puissantes  carrières.

Ce genre d’union augmente bien sûr considérablement les revenus de la famille, et exacerbe l’inégalité qui sévit aux États-Unis. Même si les hommes et les femmes dans toutes les classes sociales attendent plus longtemps avant de se marier, les couples de la classe moyenne supérieure attendent d’être mariés avant d’avoir des enfants, et leur taux de divorce est faible.

En revanche, plus de 40 pour cent des enfants dans la population générale sont maintenant nés de mères célibataires, et le taux de divorce dans les classes inférieures est environ le double de celui des couples de la haute bourgeoisie

Selon Wolf, les couples socialement au sommet mènent une vie très différente, non seulement des classes inférieures, mais également des générations précédentes. Dans les ménages, les maris et les épouses sont à peu près  interchangeables. Tous deux ont tendance à avoir des revenus élevés, et tous deux ont tendance à être tout aussi compétents pour la garde des enfants et les tâches ménagères. Je dis «tendance» [ajoute Marcia Angell] parce que Wolf  prétend que certaines différences subsistent après l’arrivée des enfants, mais les différences ne sont pas importantes. Femmes et hommes fonctionnent en équipe dans tous les aspects de leur vie, en collaborant à l’exécution de leurs multiples activités, l’un intervenant lorsque l’autre fléchit. Ils ont ainsi plus en commun avec leur conjoint qu’avec les membres de leur propre sexe des classes inférieures.

Ce qui les différencie le plus est leur absorption totale dans deux choses: leurs carrières et leurs enfants. Ils consacrent de très longues heures à leur profession, qui les contraint souvent à être disponibles électroniquement à n’importe quelle heure. Selon les données de Wolf, les couples de la classe moyenne supérieure travaillent en moyenne un nombre d’heures plus élevé que le reste de la population, et à la différence des classes inférieures, ils n’ont pas plus de temps libre aujourd’hui qu’ils n’en avaient dans les années 60.

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, les femmes de la classe moyenne supérieure retournent fréquemment au travail à temps plein après l’accouchement, alors que les autres femmes arrêtent plus souvent un travail rémunéré au moins temporairement ou alors elles ne retournent qu’à temps partiel. Comme Wolf le souligne, interrompre leur carrière est pour les femmes de la haute bourgeoisie un grand sacrifice d’occasions perdues. En outre, leur revenu est généralement suffisant pour couvrir les dépenses considérables de l’embauche d’une nounou ou d’autre forme de garde d’enfants. Mais encore plus important que l’argent est le fait que, pour ces femmes, leur sens d’identité personnelle est lié à leur profession. Elles participent pleinement à ce que James Surowiecki [rédacteur de la Page financière au magazine New Yorker] a récemment appelé ” le culte de la surcharge de travail. ”

L’engagement professionnel de ces couples puissants n’est compensé que par leur extraordinaire implication à la vie de leurs enfants. Certes, ils ont moins d’enfants, en fait leur taux de fécondité est si faible qu’il n’est pas suffisant pour les reproduire.

Mais même en petit nombre leur progéniture est au centre de leur vie, et les pères sont souvent tout aussi engagés que les mères. Ils dépensent d’énormes quantités d’argent sur leurs enfants, et emploient un vaste réseau d’experts pour les soutenir, en commençant par les classes d’accouchement et des consultants en lactation, en continuant par des tuteurs pour aider leurs enfants à entrer dans les meilleures écoles, des entraîneurs sportifs pour aider les enfants à faire partie d’une équipe, des leçons particulières pour développer leurs talents musicaux et dramatiques, et ainsi de suite. Rien que les nounous coûtent des dizaines de milliers de dollars par an. Les enfants sont également insérés dans la vie sociale de leurs parents, et les parents fêtent les amis de leurs enfants, autant que les leurs (ou font semblant de le faire), s’envoyant des photos les uns des autres sur Facebook, célébrant leurs anniversaires ensemble avec des réunions festives.

La fusion avec les enfants est entrée tout autant dans les mœurs des classes inférieures, ce que les médias répètent et amplifient.

Selon Wolf, le montant total de temps passé au travail, dans la classe moyenne supérieure est la même pour les hommes et les femmes, si l’on inclut le travail rémunéré à l’extérieur, la garde des enfants et les tâches ménagères, même s’il est amplement admis qu’en final les femmes travaillent de plus longues heures. Des études démontrent que les femmes font plus de travaux ménagers, mais, dit Wolf, les hommes travaillent plus d’heures loin de la maison, donc tout s’égalise.

“Je suis sceptique,” dit Marcia Angell, “quant à assimiler une heure au bureau (ces hommes ne sont pas des ouvriers, rappelez-vous) avec une heure de travail ménager. Wolf reconnaît que les femmes sont en général plus stressées, qu’elle attribue au fait « qu’elles jonglent avec un plus grand nombre de balles.” Quelle que soit la division du travail, ces parents travaillent très dur et de très longues heures sur leurs deux  poursuites jumelles, la carrière et les enfants.

Puisque les parents de la classe moyenne supérieure passent presque tout leur temps au travail et avec les enfants, à quoi renoncent-ils?

Dormir, pour commencer. Selon Wolf, les femmes de la classe moyenne supérieure dorment beaucoup moins que les femmes des classes inférieures. (La différence entre les 20 pour cent les plus élevés de la classe supérieure et les 20 pour cent les plus bas est une heure et demie par nuit) Et peut-être abandonne-t’ils le sexe aussi. Les enquêtes citées par Wolf démontrent que ces couples ont des rapports sexuels en moyenne une fois par semaine, mais souhaiteraient que ce soit plus fréquent.

Comme Margaret Carlson l’a observé dans le magazine Time, “le sommeil est le nouveau sexe.”

Dans Lean In, [un blogue américain qui se veut être une source d’inspiration], Sheryl Sandberg affirme que “les couples qui partagent les responsabilités domestiques ont plus de sexe” que les autres couples, mais Anne Applebaum, dans sa critique du livre de Sandberg dans l’édition du 6 juin 2013 de ce même magazine New York Review of Books, cite des études qui démontrent le contraire”…

Marcia Angell est médecin et auteur. Elle est actuellement maître de conférences au Département de la santé mondiale et de médecine sociale à la Harvard Medical School à Boston, Massachusetts, et la première femme à servir en tant que rédacteur en chef du New England Journal of Medicine.

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3 Responses

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