L’avenir démographique de l’Amérique

Paul Taylor est vice-président du célèbre Pew Research Center [Centre de Recherche Pew] où il supervise la recherche démographique, sociale et générationnelle. Dans son nouveau livre :

The Next America: Boomers, Millennials, and the Looming Generational Showdown [Le Proche Avenir de L’Amérique: Les baby-boomers, la génération Y, et l’imminente confrontation générationnelle] Paul Taylor définit ainsi les générations :

1925-1945 – La génération silencieuse

1946-1964 – la génération du  Baby Boom

1965-1979 – la Génération X

1980-2000 – la Génération Millénaire ou Génération Y

2000/2001-jusqu’au présent – la nouvelle génération silencieuse ou Génération Z

Une refonte démographique du pays est en cours, soutient l’auteur et d’énormes écarts se creusent entre les générations sur les valeurs politiques et sociales, sur le bien-être économique, la structure des familles, nos identités raciales et ethniques, sur nos conventions de sexe, hommes ou femmes, sur nos appartenances religieuses, et sur notre utilisation de la technologie.D’après l’auteur le fossé entre les générations ne cesse de se creuser, particulièrement entre les baby-boomers et

la génération dite Y ou Millénaire.

Les membres de la génération Millénaire d’aujourd’hui sont bien éduqués, technophiles, sous-employés, et ont la vingtaine, mais ils risquent de devenir la première génération dans l’histoire américaine à parvenir à un niveau de vie inférieur à celui de leurs parents.

Entre-temps, plus de 10.000 baby-boomers prennent leur retraite chaque jour, sans être pour la plupart d’entre eux aussi bien préparés financièrement qu’ils l’avaient espéré. Ce vieillissement de la population  contribue à polariser la politique et à soumettre des contraintes dans le filet de protection sociale qui présentent un défi de taille aux élus: comment croire encore à des valeurs démodées sans ruiner un avenir jeune et inassouvi.

S’appuyant sur les considérables archives de sondages d’opinion du Pew Research Center et sur ses données démographiques, le livre est un portrait clair et précis de la situation actuelle et d’un avenir marqué par des changements sociaux, raciaux et économiques les plus marquants que le pays ait connu depuis un siècle.

L’ouvrage soulève des questions sur les programmes actuels du gouvernement fédéral, qui traite inéquitablement les membres de la génération du Millénaire.

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Il y a 76 millions de baby-boomers dans le pays aujourd’hui et 80 millions de Millénaires. Presque un équilibre, et en analysant la sécurité sociale et Medicare, on pourrait penser que le système est performant, mais pour Taylor la situation est en grand déséquilibre.

Dans l’esprit du public, la Sécurité sociale et Medicare fonctionnent bien. Mais, insiste Taylor ces deux programmes de base sont fondés sur des données du 20e siècle. Il y avait au départ 150 travailleurs pour chaque retraité. Lorsque tous les baby-boomers auront profité de ces programmes, il n’y aura plus que deux travailleurs pour chaque retraité et ces systèmes seront en faillite dans 15 ou 20 ans. Par ailleurs, plus on attendra, plus lourd sera le fardeau de la solution qui échouera sur les épaules des Millénaires. C’est là un problème auquel les Millénaires devront s’adresser lorsqu’ils y réfléchiront enfin et cela créera des tensions entre les baby-boomers et la génération Y.

Mais ce qui est intéressant, c’est qu’il n’existe pas de tension pour le moment et que la jeune génération ne blâme pas ses parents. En fait, quarante pour cent des Millénaires sont retournés vivre à la maison. Ils habitent chez leurs parents ou grands-parents et c’est peut-être la meilleure façon pour l’instant de rééquilibrer les comptes de la sécurité sociale et du Medicare, dit l’auteur.

Bien que les Millénaires payent d’énormes factures d’études universitaires, c’est encore d’un meilleur rapport que de ne pas aller à l’université.

Examinant l’éducation scolaire des plus âgés parmi la génération Y et prenant en compte tous les indices de leurs expériences économiques – salaires, emploi, chômage, dette, pauvreté, et ainsi de suite, il en est ressorti qu’il existe un plus grand écart entre les résultats économiques des jeunes adultes de cette génération  que par le passé : entre ceux qui se sont arrêtés au niveau secondaire et ceux qui sont allés à l’université.

Ce n’est pas tant que les diplômés des collèges d’aujourd’hui ont une meilleure situation qu’hier. C’est, soutient Paul Taylor que la situation des diplômés du seul secondaire d’aujourd’hui a empiré. Le taux de chômage actuel dans le groupe de ceux qui n’ont qu’un diplôme d’études secondaires est de 12 pour cent, mais de seulement 3,8 pour cent pour ceux qui ont un diplôme d’études universitaire.

Bien que les universitaires obtiennent des emplois, le handicap de la dette rend leur démarrage très difficile. C’est donc une génération de jeunes adultes qui n’achètent ni maison ni voitures, et qui ne se marient pas. Une des raisons, bien qu’il y en ait d’autres, est qu’ils ne sentent pas que leur situation financière soit suffisamment stable pour qu’ils puissent vraiment se lancer.

Politiquement, les résultats de cette pullulante génération se sont fait sentir en 2008 et 2012. Ils représentaient alors un bloc de vote qui a contribué à élire par deux fois Obama. S’ils représentent aujourd’hui 15 ou 16 pour cent de l’électorat, en 2030, ils en figureront environ 30. Le simple taux démographique assure donc qu’ils vont devenir très importants. S’ils veulent se les attacher, les politiques devront  saisir leurs rêves, leurs aspirations et leurs appréhensions.

Il est essentiel de rééquilibrer le filet de protection sociale afin qu’il soit équitable pour toutes les générations, poursuit Paul Taylor, même si ces sérieux défis démographiques ne préoccupent pas le dysfonctionnement actuel de Washington. Il est à noter que pour le moment la population ne cherche pas à lutter pour ses droits.

Mais, conclut Paul Taylor, il faut espérer que l’on trouvera bientôt parmi les générations à venir ceux qui seront prêts à intervenir, car plus on attendra plus difficiles seront les solutions à apporter.

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