Le contrôle des armes et la terreur blanche

Les Pages Opinion |

Charles M. Blow

7 Janvier  2016

Mardi, dans un discours chargé d’émotion, le président Obama a annoncé une série de décrets relativement modestes pour empêcher les armes de tomber entre de mauvaises mains.

La proposition permettrait d’élargir les vérifications des antécédents [des acquéreurs d’armes] par une clarification des réglementations existantes, l’augmentation du financement des soins de santé mentale, et la promotion du développement d’armes intelligentes.

77   Le discours lui-même accomplit plus que les actions de l’exécutif sont susceptibles d’accomplir. Vu sur le plan politique, le président a injecté cette question plus fermement dans le débat national que seul un président peut faire. Ceci parce qu’un président de séance, même près de sa sortie est toujours engagé dans la prochaine course à la présidentielle : Les autres candidats sont soit en campagne contre son legs soit intéressés à le poursuivre.

Je crois fermement que le cadre de l’intransigeance actuelle soit causé par le fait que ces homicides par arme affectent de manière disproportionnée les minorités pauvres. (Les suicides d’armes à feu touchent de façon disproportionnée les personnes blanches.) En effet, la seule fois où les statistiques nationales semblent être pleinement engagées est dans le sillage de fusillades impliquant des personnes de race blanche, soit en tant que tireurs ou en tant que victimes.

3En effet, il suffit d’explorer l’histoire de la réglementation des armes à feu pour apprécier pleinement ses dimensions raciales.

En 2011, Adam Winkler a parlé de son livre “Gun Fight,” [combats armés]et des origines de contrôle des armes, affirmant, selon le Wall Street Journal:

« La pression des racistes blancs pour garder les armes loin des mains des Afro-Américains a été constante dans le but d’empêcher qu’ils se révoltent. Puis il a continué :

“Le KKK [Ku Klux Klan] a débuté en tant qu’organisation du contrôle des armes. Avant la guerre civile, les Noirs ne furent jamais autorisés à posséder des armes à feu. Ils le furent pour la première fois pendant la guerre civile- soit ils servaient dans l’armée de l’Union et ils ont été autorisés à garder leurs armes, soit ils ont acheté des armes à feu sur le marché ouvert à la fin de la guerre où pour la première fois des centaines de milliers d’armes inondèrent le marché. Ils s’arment donc parce qu’ils savent à qui ils ont affaire dans le Sud. Des racistes blancs passèrent des lois pour les désarmer, mais cela ne marcha pas vraiment. Ils formèrent alors des factions racistes, partout dans le Sud, qui sortaient en groupes le soir pour terroriser les Noirs et prendre leurs armes. Ainsi les Noirs désarmés, ne pouvaient pas se défendre. ”

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C’était la terreur blanche.

Après que la prohibition [de l’alcool] et la dépression [économique] donnèrent lieu aux gangsters et bandits qui posèrent une menace pour le sens de sécurité de l’Amérique blanche, la loi sur les armes à feu de 1934 fut adoptée. Comme le rapporte sur la radio NPR l’expert sur les lois  sur les armes feu Robert Spitzer, du State University [ l’Université d’État de New York] à Cortland, la loi exigeait que les propriétaires de mitraillettes paient une lourde taxe, que l’on prenne leurs empreintes digitales et qu’ils soient inscrits sur un registre national. En conséquence, les ventes de mitrailleuses chutèrent.

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La terreur blanche, une fois de plus, mais des blancs différents, cette fois-ci.

L’Amérique s’est agitée de nouveau pour une l’action sur le contrôle des armes à feu quand, en 1967, des membres armés des Black Panthers [Les Panthères noires] pénétrèrent dans la législature de l’État de la Californie, un lieu du pouvoir majoritairement blanc. Tel que le critique de cinéma AO Scott du Times a noté dans sa critique du documentaire fascinant de Stanley Nelson “The Black Panthers: Vanguard de la Révolution”: [Les Panthères Noires : Avant-garde de la révolution] :

“Quand un groupe de Panthères a manifesté au Parlement à Sacramento armé de  carabines et de fusils chargés, l’organisation a attiré l’attention nationale de la presse et (au moins temporairement) rallié de nombreux conservateurs politiques à la cause du contrôle des armes.” , y compris le gouverneur Ronald Reagan ».

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Reagan a dit de l’action des Panthers à l’époque :

« Je ne pense pas que des fusils chargés soient la façon de résoudre un problème qui doit être décidé entre gens de bonne volonté. Et ceux qui approuvent ce genre de manifestation doivent avoir perdu la tête. »

En réponse aux Pantheres, la législature californienne adopta et Reagan signa la Loi Mulford, qui interdit le port d’armes à feu à découvert dans l’état de Californie. Le N.R.A. [National Rifle Association] appuya la mesure. L’auteur du projet de loi, Don Mulford, déclara à l’époque, “Nous devons protéger la société de forcenés armés.

Edward Wyckoff Williams a même affirmé dans The Root [Les Racines] en 2013 que «la NRA a effectivement aidé l’établissement de législations similaires dans nombre d’États à travers le pays.”

L’année suivante la Loi Mulford, loi fédérale sur le contrôle des armes de 1968, a été adoptée.

Une fois de plus, la terreur blanche.

Au cours des dernières décennies, le pouvoir politique de la NRA a grandi. L’organisation a également pris une position plus absolutiste contre toutes nouvelles réglementations et les politiciens ont largement cédé à la position du groupe.

Deux exceptions notables sont le projet de la loi Brady de 1993 exigeant des vérifications d’antécédents pour l’achat d’armes à feu et l’interdiction des armes d’assaut de 1994 – toutes deux signées par Bill Clinton. Elles ont expiré depuis.

Mais en plus de l’influence de la NRA, la face des homicides est de plus en plus noire et pauvre – deux groupes que nous avons traditionnellement marginalisés et ignorés.

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Comme Richard V. Reeves et Sarah Holmes, de la Brookings Institution ont souligné le mois dernier, 77 pour cent des décès de blancs par armes à feu sont des suicides tandis que 82 pour cent des décès de noires par balles sont des homicides.

Ce n’est cependant pas l’entière population noire qui est à risque de ces homicides.

Comme William J. Wilson, également de Brookings, a écrit le mois dernier :

« La ségrégation par le revenu amplifie la ségrégation par la race, laissant les Noirs à faible revenu regroupés dans des quartiers qui présentent des désavantages dans plusieurs domaines, y compris d’être a risque d’être exposé à la criminalité violente. En conséquence, la fracture au sein de la communauté noire s’est considérablement élargie. En 1978, les Noirs pauvres âgés de douze ans et plus n’étaient qu’un peu plus susceptibles que les Noirs aisés d’être victimes de crimes violents – respectivement environ quarante-cinq et trente-huit personnes sur 1 000. Cependant, dès 2008, les Noirs pauvres devinrent beaucoup plus susceptibles d’être victimes de crimes violents – environ soixante-quinze sur 1000 – tandis que les Noirs aisés étaient beaucoup moins susceptibles d’être victimes de crime violent – environ vingt-trois sur 1000, selon Hochschild et Weaver ».

Il y a aujourd’hui peu de volonté politique d’inhiber davantage la grande partie de la population blanche qui achète des armes. Selon le Pew Research Center, les blancs sont deux fois plus susceptibles que les Noirs ou les Hispaniques d’avoir une arme à feu dans leur maison – dans le but de réduire le fléau des homicides entre personnes noires pauvres, en particulier lorsque les tireurs sont souvent noirs eux-mêmes. Ces massacres sont simplement attribués à la culture raciale plutôt qu’à l’interaction complexe entre la pauvreté, la criminalité et la culture des armes à feu.
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Ceci est hélas, moins une réponse à la terreur blanche, qu’un manque de réponse à la douleur noire.

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