Le mythe du français grossier et la politesse de chaque côté de l’Atlantique

 

Les Français sont-ils vraiment désagréables, ou tout simplement mal compris?

Demandez autour de vous quelle est la caractéristique principale qu’on attribue aux Français, et il y a de grandes chances que l’on vous dise que c’est la grossièreté.

C’est une réputation malheureuse et erronée qui est perpétuée par des générations de touristes, et les histoires d’horreur abondent. Mais ces histoires viennent aussi de personnes qui ne se sont jamais rendues en France. Je remarque que la majorité des récits et témoignages sur la grossièreté des Français nous vient d’outre-Manche. Les Anglais se complaisent et s’acharnent à colporter un virulent French Bashing [le dénigrement des Français], qu’ils exportent ensuite outre Atlantique, car les Américains ne me paraissent pas particulièrement hostiles aux Français bien qu’ils acceptent souvent les préjugés anglais [voir La France Décapité, publié ici le 5 aout 2014]. Il n’y a qu’à regarder les illustrations sur la grossièreté des Français. Elles sont basées sur toute une suite de vieux stéréotypes qui n’ont plus aucune base avec la réalité et sont justement particulièrement grotesques.

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Le mythe de la grossièreté française est souvent une prophétie autoréalisatrice. Quiconque se prépare à rencontrer outrage et insolence en France sera sur la défensive et surprendra peut-être par son attitude, ou alors il interprètera un comportement normal comme impoli. La vérité est que les Parisiens ne sont pas plus grossiers que les citadins de n’importe quelle autre grande ville du monde.

Le français est certainement plus sensible à sa culture et à sa langue que les autres, mais il n’est pas particulièrement antiaméricain ou hostile. Il ne faut pas oublier que la France est la première destination touristique mondiale et qu’il y a donc plus d’histoires sur ce sujet dans l’hexagone, que par exemple en Suisse ou en Angleterre. Mais les raisons de la grossièreté perçue en France sont les mêmes que partout ailleurs.

Principalement, les normes françaises sont différentes de celles auxquelles les touristes peuvent s’attendre et ce qui est considéré comme un comportement innocent sur place peut être interprété comme grossier par un visiteur. Tout comme le comportement d’un visiteur peut paraitre impoli aux Français. Il est d’ailleurs relativement facile pour un visiteur de paraitre manquer de politesse aux yeux des Français.

À Rome, faite comme les Romains, est un adage valable dans tous les pays.

Les règles de la politesse sont essentiellement spécifiques à la culture d’un pays. Un visiteur ne devrait pas s’attendre à ce que ses hôtes fassent l’effort de s’adapter à ses propres règles. Trop souvent les Américains ne font pas l’effort de parler le français, souvent ils critiquent la façon dont les choses sont faites ou le manque de respect que l’on démontre pour les façons de faire américaines. Mais lorsqu’on critique la façon dont les Français font les choses et lorsqu’on ne montre pas de respect pour leur culture, on ne peut pas les blâmer s’ils vous réprimandent.

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L’une des principales raisons qui font que les Français sont perçus comme hostiles est le fait qu’ils ne sourient pas, ou du moins qu’ils ne sourient pas assez avec l’aisance des Américains. C’est un fait: les Français ne sourient généralement pas aux étrangers.

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Après bien des années en Amérique, je m’étonne encore de ce qu’une personne que je n’ai jamais vue me sourie et me dise : Hello ! dans la rue:

Un sourire, en France, est une forme de communication réservée à ceux que l’on connaît. Sourire, c’est exprimer une émotion personnelle.

Les gens qui ne se connaissent pas échangent ce que les Américains appellent « un sourire français ». Plutôt qu’un sourire, c’est un pincement des lèvres qui s’étend aux coins de la bouche,et est souvent accompagné d’un hochement de tête, que je me surprends d’ailleurs souvent à faire moi-même. C’est une expression neutre et une reconnaissance de la présence d’une personne, une expression nullement sarcastique. Le langage du corps est essentiel. Il aide à compléter la rencontre neutre, sans ou avant même qu’aucun mot ne soit dit.

Un autre reproche des Américains est que les Français ne parlent pas l’anglais, critique injustifiée puisque les Américains parlent encore moins le français.

Le fait est que les Français comprennent assez bien l’anglais qu’ils ont obligatoirement appris à l’école, mais ils manquent de pratique, et le parlent mal avec un fort accent. Ceci est dû au fait que l’éducation française est rigide et insiste sur la perfection, ce qui n’encourage pas la pratique, car pour bien parler une langue il faut se jeter à l’eau et parler. Au diable les fautes, il faut se lancer dans la pratique sans hésiter.

C’est là une contradiction de l’éducation française : comment parler couramment une langue si on attend la perfection avant de se lancer à la pratiquer ?

Les Français que les visiteurs arrêtent dans la rue pour poser une question sont donc pris au dépourvu. D’ailleurs, ils apprécient ceux qui parlent le français, même mal, et c’est là un merveilleux moyen de se rapprocher et de briser la glace. Et s’ils corrigent vos fautes de langage ou votre accent, ne le prenez pas mal. Bien que ce soit parfois malaisé pour un Américain, ils considèrent comme une courtoisie et peut-être même un honneur de vous aider à améliorer votre français.

Il convient cependant de noter que le premier français que le touriste rencontre en arrivant est habituellement un chauffeur de taxi qui vient de faire deux heures de queue à l’aéroport avant de vous prendre en charge. Alors, cela explique peut-être qu’il soit grincheux…

Et puis, il est vrai que la France a comme tout pays sa part d’idiots. On en trouve à Paris aussi bien qu’à Chicago ou Londres et comme ailleurs ils peuvent être de classe…

La politesse et le respect

J’approche ce qui va suivre du point de vue américain, réalisant que les Français interprèteront peut-être différemment mon exposé.

On dit en France que les bonnes manières ne coûtent pas un sou” .

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J’ai déjà parlé dans un article précédent du syndrome de Paris [voir l’article : Le syndrome de Paris et les touristes chinois publié ici le 5 août 2014]. Lié à ce syndrome est le stéréotype du « ugly américain » [le vilain américain]. C’est le touriste qui s’impatiente et cri en anglais en dénonçant tout ce qui est français, et ne mange que des hamburgers chez McDonald, sans savoir profiter de ce qu’une culture a à offrir.

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 Les Français sont très fiers de leur langue, de leur culture et de leur pays. Si vous êtes respectueux des Français et de leur patrimoine, ils répondront de même.

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Il ne faut jamais se hasarder à approcher un Français sans entamer la conversation par:

– Bonjour !

Même si, et peut-être surtout si vous parlez couramment le français. Il ne faut pas lui jeter votre carte touristique sous les yeux en disant :

– Hi, où se trouve le Musée du Louvres ?

ou encore:

  • Pourriez-vous m’indiquer la direction de…

Un Français ne souffre pas qu’on l’approche sans cet obligatoire: Bonjour !,

J’en ai fait moi-même fait maintes fois l’expérience. Ayant vécu de nombreuses années en Amérique, j’ai pris des habitudes du pays et dire Bonjour ! en abordant quelqu’un ne me vient plus naturellement à l’esprit, et je dois faire l’effort de m’en souvenir.

Si vous y manquez, comme il m’arrive de le faire, surtout si vous parlez couramment le français, ils vous feront la leçon.

Ils vous diront :

Bonjour ! sur un ton de reproche, souvent suivi d’une remarque hautaine qui me rappelle l’époque où j’étais à l’école. Quelque chose comme :

  • On dit bonjour, Monsieur !

et parfois plus du genre :

– On ne vous a pas appris la politesse à vous ?

La politesse était la règle à la cour de France, et on s’y attache encore aujourd’hui. Certaines règles ont changé avec le temps, mais la politesse, les manières, la courtoisie sont primordiales en France. Elles sont héritées d’un temps où elles étaient de rigueur, à une époque qui pour les Français n’est pas si lointaine.

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 En apprenant les règles de la politesse, apprend-on aux enfants, on respecte les autres dans les actes aussi bien que dans les paroles et on respecte leurs biens. On n’oublie pas le sens, et surtout l’utilité des bonnes manières : un monde civilisé est autrement plus agréable à vivre qu’un monde qui ne l’est pas.

On veille enfin à ce que l’enfant tienne compte au quotidien de ces règles, à la maison comme à l’extérieur (c’est, insiste-t-on, très important).

S’il vous plaît; merci ; Please, thank you , ce sont certainement là des expressions et une façon d’agir également américaine, mais aux États-Unis ces formules sont apprises sans l’insistance française.

On ne s’offusque pas en Amérique si on prend un raccourci et si on demande simplement :

– Les toilettes s’il vous plaît ?

En France, ce n’est pas acceptable, il faut dire :

– Bonjour ! Où sont les toilettes, s’il vous plaît ?

Bien sûr, cela se perd un peu en grandissant, mais on commence par bien l’apprendre. Et il y a ceux dans la rue qui ne l’ont pas oublié.

C’est ainsi qu’on apprend à l’école que :

La politesse est définie par un ensemble de règles acquises par l’éducation. Elle comporte une double finalité : faciliter les rapports sociaux en permettant à ceux qui en usent d’avoir des échanges respectueux et équilibrés.

La leçon continue en soulignant que : la politesse c’est faire la démonstration de son éducation et de son savoir-vivre. On ajoute qu’un des plus grands principes sociaux est que sans la politesse, la vie en communauté est impossible.

Je remarque qu’on ne considère ici que la politesse française, c’est la seule qui semble compter, ignorant qu’il puisse y en avoir d’autres tout aussi valables.

La politesse, donc, se traduit au quotidien par l’utilisation de certains termes comme bonjour, au revoir, bienvenue, s’il vous plaît, ou merci, et par des attitudes spécifiques: sourire à qui vous parle, adapter sa tenue aux circonstances, car la politesse en France, c’est aussi la façon de s’habiller et son comportement physique.

Ce sont là des façons qui ne manquent pas aux Américains. Mais elles y sont plus décontractées, on est tolérant et on permet une façon plus personnelle de s’exprimer.

On enseigne dans les écoles françaises à respecter les règles élémentaires de politesse, c’est-à-dire :

–  Saluer le professeur et attendre son autorisation pour s’asseoir ;

–  se découvrir la tête, enlever tout vêtement d’extérieur et signe religieux ;

–  se lever à l’entrée d’une personne adulte dans la salle ;

–  demander la permission de se déplacer ou de prendre la parole ;

–  utiliser un langage correct et adapté au cadre scolaire ;

–  éteindre son portable et son baladeur, ôter ses écouteurs du cou ;

–  poser son sac et sa sacoche par terre et ne laisser sur la table que le matériel nécessaire.

Même si les règles ne sont pas suivies partout, les enseignants rappellent à l’ordre ceux qui y manquent.

La politesse française, c’est aussi :

– Vouvoyer une personne inconnue ou plus âgée ;

– dans les transports en commun, proposer sa place assise à une personne plus âgée ;

– ne pas déranger une personne quand elle est en communication téléphonique ;

– retenir une porte battante à la personne qui passe juste derrière soi ;

– ne pas interrompre une conversation entre deux personnes ;

– ne pas couper la parole.

En ce qui concerne cette dernière. Il n’y a qu’à écouter les entrevues à la télévision pour se rendre compte que personne en France ne l’applique !

Le vouvoiement n’existe pas en anglais, mais j’ai remarqué qu’en Amérique, on cède tout autant sa place à une personne plus âgée.

J’ai également remarqué que parfois on ne le fait pas, en France aussi bien qu’en Amérique.

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La France profonde

On parle encore de « La France profonde », une expression qui dénote l’existence d’aspects de la culture qui seraient propres à la France et qui échapperaient aux idéologies dominantes ainsi qu’à la suprématie de Paris. Ces aspects viscéraux et puissants seraient, paraît-il, d’origine provinciale, rurale et agricole.

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La “France profonde” serait, dit-on, en régression depuis l’avènement d’une culture de masse internationale. Mais il semble qu’on cherche à la conserver avec une certaine nostalgie.

Les origines de la politesse française

Pendant longtemps la religion catholique a été la source de la morale en France et a conféré ce que l’on a appelé la dignité humaine. Les autres religions étaient alors considérées soient erronées, soit ridicules. La loi de l’Église catholique l’emportait sur toutes les autres, et jusqu’à pas si longtemps la religion a été en France le cadre officiel de la vie et a servi à régler le calendrier. Les gens respectables qui ne croyaient en rien paraissaient une anomalie.

Politesse ou hypocrisie ?

Les traités sur le sujet insistent sur le fait que la politesse est une norme qui rend les relations sociales plus faciles quand on y adhère. On insiste sur son utilité, et beaucoup se plaignent d’ailleurs du manque de politesse ou de courtoisie dans les rapports humains contemporains.

Mais pour autant, la politesse me semble aussi être parfois un carcan, ou un manque d’honnêteté.

La politesse peut souvent avoir tendance à n’être qu’un simple « détour hypocrite », c’est-à-dire, à dévier l’apparence de réels sentiments, à les dissimuler sous de faux-semblants, de fausses apparences dans le but, soit de respecter la norme, soit d’obtenir quelque chose ou de se faire accepter. Être poli, tout en étant hypocrite, permet de rester intégré à la société, et parfois d’obtenir bien plus que du respect. Ainsi, nous pouvons prendre l’exemple de certains hommes politiques ou de certaines personnalités influentes, qui par leur politesse qui se rapproche de la flatterie et de la fausse gentillesse, parviennent à obtenir la considération, et même l’admiration des autres.

Je l’ai d’ailleurs souvent constaté dans mes rapports avec les Français.

Mais ne nous y trompons pas, poursuit le traité, on a beau avoir de belles manières, on ne plaît que si ces manières sont accompagnées de la politesse du cœur.

C’est-à- dire la sincérité.

On distingue donc deux sortes de politesse :

La politesse d’étiquette, mécanique et hypocrite, mondaine dirait certains.

Et ce que Bergson appelle la politesse de cœur, qui consiste à ménager la sensibilité d’autrui et suppose une connaissance approfondie du cœur humain.

La politesse réside aussi dans ce que Kant appelle le sens de l’humanitéé́ , comme une bienveillance spontanée à l’égard d’autrui.

Une spontanéité qui en France, néanmoins, doit être apprise et dont les règles précises et somme toute assez rigides doivent être suivies.

En Amérique

Aucune des règles françaises n’est vraiment étrangère aux Américains. Mais leur application est plus souple, plus détendue. On apprend aux enfants à bien ce conduire, à dire bonjour, au revoir, on insiste moins sur une formule définie, et on permet l’individualisation des règles.

Le Canada et les États-Unis partagent un héritage culturel et linguistique originaire d’Europe, et de nombreux points de l’étiquette traditionnelle européenne s’appliquent en Amérique. On y définit l’étiquette comme un ensemble de lignes directrices qui nous aident à orienter notre comportement dans notre routine quotidienne. Elles aident à composer avec les pressions de la vie moderne qui rendent la civilité plus difficile, elles servent à rendre la vie plus agréable. L’étiquette peut servir à éliminer les comportements inappropriés.

Il y a deux stéréotypes en termes des mœurs américains. L’un est celui d’un individu qui travaille dur – souvent ambitieux et parfois exigeant – dont la vie est trop agitée pour laisser place à des subtilités. Les règles communes de politesse se perdent parfois lorsqu’on a une journée stressante.

L’autre idée préconçue et plus commue, est que les Américains ont tendance à toujours entamer une conversation avec des inconnus.

Les gens que l’on croise dans la rue sourient et vous saluent avec un chaleureux :

– Hello ! ou Hi ! ou How are you doing ! Bonjour, comment allez-vous ?

Rien que se matin, me promenant dans la rue, une dame âgée que je ne connais pas qui sortait de sa maison m’a fait un grand sourire et un signe de la main. Quelques minutes plus tard, un homme qui introduisait la clé de sa voiture dans la serrure alors que je passais sur le trottoir m’a fait ;

  • Hi, how are you doing ?

Je ne l’avais jamais vu et tout Français que je suis, je n’ai répondu que par un geste de la main et un marmottement inintelligible.

Quand on est présenté à quelqu’un, ou lorsqu’on rencontre quelqu’un que l’on connaît déjà, on serre la main. Une prise ferme, mais pas trop, est préférée. Mais il est acceptable de saluer la personne sans serrer la main avec un simple hochement de tête ou un sourire.

On dit :

  • Hello sir, hello madame.

Ou encore :

– Nice to meet you, heureux de faire votre connaissance

On répond dans la conversation par :

– Yes sir, yes mams ou yes madam.

Si la personne offre son prénom, il est considéré impoli de continuer à se référer à elle par sir ou madam dans la conversation directe.

On se présente en donnant son prénom et parfois aussi son nom de famille. Puis on n’emploie plus que le prénom dans la conversation ou en se quittant.

 

Les Américains aiment être traités comme des égaux.

Cependant, lorsqu’ on a affaire à une personne ayant un titre professionnel tel qu’universitaire, religieux, militaire et politique, comme «juge», «colonel», «maire», «Révérend», «sénateur», «docteur». Ils sont couramment utilisés dans des situations sociales, miss , madam, ou sir, sont également considérés comme appropriés, surtout quand on n’est pas au courant des pouvoirs ou du titre de la personne.

  • Hello professor, hello judge, doctor, general, mayor, reverend, senator.

On se formalise souvent en s’adressant à

  • Hello professor untel, hello judge untel, etc..

En se quittant, on dit :

  • Good Bye ou Have a nice day! Ou les deux.

On serre encore la main en se quittant.

On n’embrasse sur la joue [une seule fois] que les intimes.

Lorsqu’on reçoit un appel sur un portable dans un lieu public, il est poli de s’éloigner de ceux qui peuvent entendre la conversation.

Marcher avec une cigarette allumée est plutôt mal considéré.

Les fumeurs sont également souvent limités à 4 ou 5 mètres de l’entrée d’un bâtiment , mais cela change et les espaces non-fumeurs s’étendent de plus en plus.

On partage facilement l’adition au restaurant, entre deux, cinq mêmse dix convives.

Il n’y a pas d’équivalent anglais pour Bon Appétit!

Le pourboire au restaurant n’est jamais compris dans la facture. On laisse de 10 à 20%.

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2 Responses

  1. removalists says:

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