Le vin en Amerique

 

La découverte d’un nouveau vin offre plus d’intérêt que la découverte d’une constellation. L’univers est déjà plein d’étoiles.  – Benjamin Franklin.

Presque les trois quarts de la taille de la France, la Californie représente près de 90 pour cent de la production de vin américain. La production de la Californie est un tiers plus grand que celle de l’Australie. Si la Californie était un pays indépendant, elle serait le quatrième plus grand producteur de vin au monde.

La vigne fut introduite en Californie au 18e siècle par les Espagnoles, qui plantèrent des vignes chaque fois qu’ils établissaient une mission avec des boutures qui provenaient du Mexique. Le vin était utilisé pour les sacrements religieux ainsi que pour la consommation quotidienne.

Au temps de la prohibition, les viticulteurs furent condamnés à déraciner leurs plants de vigne. Certains vignobles et caves purent survivre en se convertissant à la production de raisin de table et de jus de raisin ou au vin de messe autorisé malgré la prohibition.

Il y a quarante ans, aux yeux de beaucoup d’Américains le bon vin était cher et synonyme de Bordeaux, Bourgogne et Champagne. L’essentiel de la production de vin américain était produit en bonbonnes. Puis en 1965 – Robert Mondavi ouvrit sa propre cave et la voie à l’ère moderne vinicole américaine.

Finalement, au cours des dix dernières années, la consommation de vin aux États-Unis a doublé.

Aujourd’hui, la consommation de vin domestique américaine est deux fois celle des vins d’importations.

En 2012, la production de Californie atteint 667 552 032 soit 88.5 % de la production du pays.

L’histoire la plus importante jamais écrite sur le vin américain est un article de quatre longs paragraphes publié le 7 juin 1976, sur le magazine Times par un journaliste qui n’avait jusque là jamais écrit sur le vin. En effet, un évènement inattendu en mai 1976: le Jugement de Paris, projeta les vins de Californie au-devant des producteurs de vin mondiaux.

Steven Spurrier, un marchand de vin britannique se spécialisant dans les vins français, organisa à Paris un concours de dégustation de vins en aveugle, comparant des vins de Californie a des vins français : des Chardonnays de qualité supérieure pour les blancs d’un côté, des Bordeaux français et des Cabernet Sauvignon de Californie de l’autre. Bien que l’organisateur ait invité de nombreux journalistes, seul George M. Taber, journaliste au  magazine Time assista à l’évènement.

Food-Click-N-Sip

 

 

 

 

Parmi le panneau d’experts qui jugeaient l’évènement, on comptait :

Odette Kahn éditrice de La Revue du vin de France
Raymond Oliver du restaurant Le Grand Véfour

Christian Vanneque le sommelier de La Tour D’Argent

Aubert de Villaine  du Domaine de Romanée-Conti

Jean-Claude Vrinat du Restaurant Taillevent

À la surprise de tous, un vin de Californie se classa le meilleur dans chacune des deux catégories !

Le journaliste George Taber révéla sans délai les résultats aux USA et ainsi au monde entier. Les dirigeants de l’industrie du vin français horrifiés et furieux bannirent Spurrier de la prestigieuse tournée de dégustation de vin français pendant un an, apparemment en réponse aux dommages que sa dégustation avait causés à l’image de supériorité des vins français. La presse française ignora l’évènement.

Ce n’est que trois mois plus tard que Le Figaro publia un article intitulé ” La guerre du cru a-t-elle eu lieu? ” Jugeant risibles les résultats qui ne pouvaient pas être pris au sérieux. Six mois après la dégustation, Le Monde écrivit à son tour un article sur un ton comparable.

En Californie, les répercussions ont été immédiates, en particulier dans la vallée de Napa, qui connut un boom sur l’immobilier et sur la vinification.

La Dégustation de 1976 à Paris eut pourtant un impact révolutionnaire sur l’expansion de la production et le prestige du vin dans le Nouveau Monde. Elle incita également les Français à passer en revue les méthodes traditionnelles, parfois plus une suite habitudes et de commodités, et à réexaminer les convictions souvent des mythes plus qu’autre chose. En partie grâce au jugement de Paris, l’industrie vinicole française sut se remettre en question, améliorer sa qualité, abaisser ses rendements et, finalement, retrouver sa compétitivité. Ce n’est pas le moindre des paradoxes.

« Il est remarquable que 30 ans plus tard on parle encore de la dégustation de Paris »  dit Warren Winiarski, propriétaire de Leap Wine Cellars Stag, qui remporta la catégorie des vins rouges.  « Même aujourd’hui les Français trouvent l’évènement trop pénible pour écrire sur ce sujet. »

«  Avant la dégustation de Paris, les Français pouvaient dire, terroir , terroir, seul le terroir compte, » dit Mike Grgich , vigneron de la Napa Valley Chardonnay qui a terminé premier parmi les vins blancs . « La dégustation de Paris nous a appris qu’il y a de bons sols partout : en Californie , en Australie , au Chili… »

Le journaliste présent à la dégustation sut capturer des citations de l’histoire encore embarrassantes aujourd’hui : « C’est certainement un des Californiens. Il n’a pas de nez, » un juge dit d’un Batard Montrachet 1973, grand cru bourguignon.

Raymond Oliver, décrit par Taber comme le doyen des écrivains culinaires français , s’écria: « Ah , à la France ! » en sirotant un Chardonnay de l’abbaye de Freemark la cave de la Napa Valley.

George M. Taber est l’auteur du livre Jugement of Paris, qui raconte l’histoire du célèbre incident et dont le film américain Bottle shock a été tiré en 2008.

Une prochaine fois je parlerai des légumes

You may also like...

1 Response

Leave a Reply