Les effluves du succès

Pourquoi Bill Gates appuie le développement d’un parfum pour bloquer les odeurs des toilettes.

17 novembre,

Une des premières choses que j’apprécie avec soulagement quand je retourne aux États-Unis près un voyage, c’est le manque d’odeur dans les toilettes publiques. Par publiques je veux dire cafés, restaurants, magasins, musées et autres endroits en dehors de chez soi. En France particulièrement, il est fréquent d’être accablé dès l’entrée par une odeur, souvent forte et nauséabonde. Maintenir cet endroit propre n’est de toute évidence pas toujours une priorité. Dans le reste du monde, c’est un sérieux problème dont on a heureusement pris note et qui est en voie de résolution.

 

J’ai récemment été en Suisse prendre une grande bouffée d’odeur de cabinet à fosse septique, dit Bill Gates. J’y ai encaissé un grand coup aux narines, un mélange puissant de puanteur d’eaux d’égout, d’odeur de basse-cour, et d’ammoniac amère complété par du vomi (ou était-ce du Parmesan ?). La terrible puanteur m’a fait grimacer.

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J’ai agréablement eu aussi la possibilité au cours de ce voyage de sentir quelque chose de beaucoup plus plaisant et agréable. J’ai découvert les premières senteurs des futures toilettes inodores et d’une meilleure hygiène pour tous.

Ces révélations olfactives se sont produites au cours de ma visite à Firmenich, une société de fragrances et saveurs basée à Genève. L’entreprise familiale qui a plus de 120 ans est connue pour développer certains des parfums et saveurs les plus connus au monde qui augmentent le goût des boissons et des aliments. Mais la société est également l’un des tout nouveaux associés de notre fondation dont un des buts est d’améliorer l’hygiène dans les pays les plus pauvres au monde.

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J’ai déjà écrit sur le défi que présente l’hygiène du monde. Les nombres sont effarants. Un milliard de personnes n’ont aucun accès aux toilettes, ainsi elles défèquent où elles peuvent. Trois autres milliards ont des toilettes, mais leurs déchets sont déversés sans être traités et s’infiltrent jusque dans les approvisionnements d’eau et dans les aliments. Environ 800.000 mineurs de moins de 5 ans meurent tous les ans des suites de la diarrhée, de la pneumonie, et d’autres infections communes provoquées par une eau hasardeuse et par manque d’hygiène. Au-delà de l’énorme douleur humaine, c’est un problème qui ralentit le développement économique. Rien qu’en Inde, le manque d’hygiène coûte presque $55 milliards chaque année, soit plus de 6 pour cent du PIB.

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Comment une société de parfum peut-elle donc aider à résoudre ce problème ?

C’est que l’odeur pèse dans la balance.

Des millions de nouvelles toilettes sont établis autour du monde pour aider à mettre fin à la défécation à l’air libre, ainsi qu’en Inde où un nouveau et massif programme de construction de toilette est en cours. C’est là une bonne nouvelle. Malheureusement, plusieurs de ces nouvelles toilettes, particulièrement les cabinets à fosse septique, ne sont pas utilisées parce qu’elles sentent mauvais et les gens trouvent  beaucoup plus supportable de se soulager à l’air libre. C’est une propension inquiétante qui menace de compromettre le progrès réalisé en hygiène planétaire.

Il y a quelques années, notre fondation a organisé un « sommet des odeurs » pour discuter des manières d’aborder ce problème. Les représentants de Firmenich étaient parmi les participants et ils ont pensé pouvoir nous aider.

Avec plus qu’un siècle d’expérience dans la création de parfums et de saveurs, Firmenich a développé des approches sophistiquées de l’analyse des odeurs en les séparant en chacun de leurs composants chimiques. Ils ont commencé leur activité avec l’équipe de salubrité de la fondation en posant une question fondamentale : pourquoi les toilettes sentent-elles si mauvais ?

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La réponse peut sembler évidente. Mais les odeurs de toilette sont en fait très complexes. Elles sont formées de plus de 200 composants chimiques différents dérivants des déchets et de l’urine qui changent au fil du temps et varient selon la santé et le régime alimentaire. Les chercheurs de Firmenich ont voulu savoir lesquels de ces éléments étaient responsables de cette terrible odeur.

Ils ont isolé quatre coupables chimiques : l’indole, le crésol, le diméthyl trisulfure, et l’acide butyrique. Puis, ils ont demandé à leurs scientifiques d’essayer de recréer l’odeur utilisant des composants synthétiques. En d’autres termes, ils ont fait un parfum qui avait l’odeur des matières fécales et d’urine éventée. Un parfum de cabinet !

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Pour s’assurer qu’ils avaient bien obtenu l’odeur offensive, Firmenich a demandé à des personnes en Suisse, en Inde, et en Afrique quels parfums imitaient le plus étroitement une toilette nauséabonde. Le résultat de leurs efforts ? Le parfum que je respirai pendant ma visite. J’ai chez Firmenich, approché mon nez d’un tube en verre et j’ai reniflé. J’ai immédiatement été frappé par une bouffée nauséabonde. Comme je le décrivais (avec peut-être trop éclat) plus haut, cela sentait aussi mauvais que les pires toilettes que je n’ai jamais visitées.

Une fois le parfum de lieux d’aisance établi, les chercheurs de Firmenich ont pu l’employer pour expérimenter avec divers autres parfums, explorant comment masquer effectivement les odeurs désagréables.

Dans la longue histoire de lutte contre les odeurs désagréables, depuis les aisselles en sueur jusqu’aux chiens mouillés, le monde s’est en grande partie basé sur une simple solution au problème. Nous employons des parfums agréables pour couvrir les mauvaises odeurs que nous voulons cacher. L’équivalent olfactif de pousser la poussière sous le tapis.

Firmenich a voulu proposer une approche plus innovatrice à ce défi légendaire. Ils ont décidé d’attaquer le problème au niveau moléculaire à la jonction entre notre nez et notre cerveau.

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Nos nez ont 350 récepteurs olfactifs, chacun nous éveillant à de nouvelles sensations de l’odeur d’une rose aux pieds qui empestent. Seul un petit nombre de ceux-ci nous permettent de sentir les odeurs répulsives. Les chercheurs de Firmenich se sont servis de cette compréhension pour développer les parfums qui bloquent certains récepteurs dans notre nez, nous rendant incapables d’enregistrer certaines mauvaises odeurs.

L’approche est semblable aux écouteurs qui annulent le bruit que beaucoup d’entre nous emploient pour bloquer le bruit de moteur à réaction sur un avion. L’électronique dans le casque crée une onde sonore qui est hors de phase à 180 degrés avec le bruit ambiant qui doit être bloqué. Cette onde contremande les bruits désagréables ce qui nous permet de jouir du calme. De façon similaire, les ingrédients dans les parfums développés par Firmenich empêchent l’activation des récepteurs olfactifs sensibles aux mauvaises odeurs. En bloquant les récepteurs, nos cerveaux ne perçoivent pas les mauvaises odeurs.

J’ai eu la possibilité d’éprouver les parfums bloqueurs en action. J’ai été invité à pousser mon nez dans un tube en verre et à respirer un mélange du parfum de toilettes que je venais juste d’éprouver et l’un des nouveaux parfums bloqueurs. Ça sentait bon. Il n’y avait aucune évidence de l’odeur répulsive que j’avais reniflée plus tôt. Au lieu des eaux d’égout malodorantes, de la sueur, et du fromage trop fait, j’ai reniflé un agréable parfum floral.

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La question est maintenant de savoir si cette technologie est suffisante pour faire une différence dans les communautés où l’hygiène manque. C’est pourquoi Firmenich lance des projets-pilotes dans des communautés à travers l’Inde et l’Afrique pour bien déterminer si les parfums pourront rendre les toilettes et les cabinets à fosse septique plus invitants pour ses utilisateurs. Il leur faut également déterminer s’il est préférable de distribuer le parfum par pulvérisateur, en poudre, ou par un autre moyen. L’ultime objectif est de rendre le produit abordable et facile à utiliser.

Je suis toujours stupéfié par le changement dans le domaine de l’hygiène. Jusqu’à récemment, l’hygiène était un sujet tabou. Elle n’a attiré ni ressources ou intérêt de la part d’experts. Aujourd’hui, des douzaines de chercheurs, des technologues, et des décideurs du secteur public ou privé se sont associés dans l’effort. Nous travaillons ensemble pour identifier et développer des solutions que les gens apprécient et qui amélioreront la santé et la dignité des taudis urbains et d’autres communautés surpeuplées où le besoin d’une meilleure hygiène est le plus fort.

J’ai été enthousiasmé de voir Firmenich contribuer son expertise et son imagination à la résolution de ce défi et pour envisager les mises à jour sur le progrès qu’elles accomplissent.

Cette journée à Genève fut bien remplie pour mon nez et mes 350 récepteurs olfactifs. Mais un parfum s’attarde. C’est l’odeur du succès qui émane quand les gens associent leurs talents pour produire un monde meilleur.

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Résumé de news@linkedin.com.

Ce texte a été à l’origine édité sur gatesnotes.com.

 

 

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