Les États Unis et les étudiants étrangers

 

James Surowiecki, dans l’édition du 27 aout 2012 du magazine The New Yorker nous donne ses idées sur l’immigration dont les principes s’appliquent peut-être autant à la France qu’à l’Amérique.

Les États-Unis ont formé un grand nombre des meilleurs athlètes qui rivalisent contre nous. Près de 400 athlètes olympiques qui représentent d’autres pays aux Jeux olympiques de 2012 se sont entraînés où ont fait des études aux États-Unis. Bien d’autres athlètes étrangers vivent et s’entraînent aux USA. En effet, les États-Unis contribuent au développement du talent du monde entier pour accroitre les compétences nécessaires pour que nous puissions être battus.

Ce n’est pas un phénomène qui se limite aux jeux Olympiques.

Les États-Unis sont la destination la plus populaire pour les étudiants étrangers. Des centaines de milliers d’entre eux étudient dans nos l’universités ou y font des  études supérieures.

L’économie mondiale est plus dynamique lorsque les connaissances sont plus largement diffusées.

Mais ce sont des occasions manquées pour les États-Unis. Beaucoup d’étudiants préfèreraient rester aux États-Unis et mettre leurs compétences à travailler ici après avoir obtenu leur diplôme, mais ils ne peuvent pas obtenir un visa de travail.

Des études faites estiment que des centaines de milliers d’immigrants hautement qualifiés qui travaillent déjà ici se retrouvent coincés dans les limbes de l’immigration pendant des années, dans l’attente de l’approbation de visas et de carte verte.

Ce sont des travailleurs instruits et motivés qui veulent jouer dans notre camp. Pourtant, nous leur rendons la vie difficile ou impossible.

Depuis les années 60, la politique d’immigration des États-Unis a été conçue pour encourager l’immigration des membres d’une même famille plutôt que celle de travailleurs qualifiés.

 

En 1990, le nombre de visas permanents basés sur l’emploi a été limité à 140 000 par an. Singulièrement, ce chiffre n’a pas changé depuis, alors que l’économie américaine a augmenté de 66%, et avec la montée de l’Inde et de la Chine, l’offre de talents mondiaux a fortement augmenté.

Nous avons également limité l’attribution de visa de chaque pays, indépendamment de la taille du pays, à  7% du nombre total de visas, de sorte qu’une fraction seulement des demandes en provenance de Chine et de l’Inde sont approuvées. Le nombre de visas de travail temporaire est également plafonné à 85 000 par an.

Selon une étude conduite en 2006, plus d’un demi-million d’immigrants hautement qualifiés étaient en attente pour des visas permanents, et l’arriéré dans certaines catégories de visas était de plus de dix ans.

D’autres pays se sont placés pour tirer profit du talent que nous refusons.

L’Australie autorise presque autant de travailleurs qualifiés que les États-Unis chaque année, en dépit du fait que sa population n’est qu’une fraction de la nôtre.

Le Canada a agressivement courtisé les talents et a presque quadruplé le pourcentage de visas de résidents permanents qu’il accorde basés sur l’emploi.

Bien sûr, avec un taux de chômage US élevé, trop peu d’immigration peut  paraitre une bonne chose, mais c’est avoir la vue courte.

Les économies ne sont pas statiques, et l’ensemble de leurs ressources n’est pas limité, tel que les travaux de l’économiste Paul Romer l’ont démontré. Plus d’innovation et une population active plus intelligente permettent aux économies de se développer plus rapidement.

Le moyen le plus rapide et le moins cher d’augmenter une population qualifiée est de faciliter l’entrée au pays. Qui plus est, un lien direct a historiquement toujours existé entre l’immigration aux États-Unis et l’entrepreneuriat, les immigrants créant des entreprises et des emplois à un rythme disproportionné.

Dans une étude célèbre, la sociologue Anna Lee Saxenian a montré qu’entre 1980 et 1998 les immigrés chinois et indiens ont par eux-mêmes fondé un quart des start–ups de Silicone vallée tandis qu’une étude réalisée en 2007 a révélé qu’un quart de toute la technologie et de l’ingénierie start-up entre 1995 et 2005 a été fondée par des immigrants. Sur une plus grande échelle, plus de 40% des entreprises du classement Fortune-500 de 2010 ont été créées par les immigrés ou leurs descendants.

L’immigration est également bonne pour l’innovation en général. Une étude a révélé qu’en 2006, les ressortissants étrangers vivant aux États-Unis ont contribué à près de 26% des applications de brevets américains et internationaux, et en 2011 les immigrants  ont contribué aux trois quarts des brevets qui sont ressortis des 10 universités de recherche les plus prolifiques du pays.

Le débat national sur l’immigration fait croire que les travailleurs immigrés sont en concurrence avec les travailleurs de souche pour une part d’un gâteau fixe. C’est toujours une hypothèse discutable, mais, dans le cas des immigrants qualifiés, c’est tout simplement faux. Leur présence fait grossir le gâteau pour tout le monde.

Il n’y a pas d’urgence à Washington sur la question et l’anxiété des électeurs au sujet de la faiblesse de l’économie et de la rareté des emplois donne une excuse aux politiciens pour justifier leur inaction. C’est une politique et une recette qui mène à  la stagnation.

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