Les Français chez eux dans la Silicon Valley

Pour les entrepreneurs français, on n’est nulle part mieux que chez soi – dans la Silicon Valley

J’ai été séduit par le titre provocant d’un article qui me semble un compte rendu d’un programme radio qui se nomme The World, Le Monde. C’était sur PRI Public Radio International, un réseau de radio très apprécié aux USA. Il est financé en partie par la Bill and Melinda Gates Foundation.

J’en fais ici un compte rendu. J’ai malgré tout conservé les citations. Elles valent la peine.

For French entrepreneurs, there’s no place like home — in Silicon Valley

Pour les entrepreneurs français, on n’est nulle part mieux que chez soi – dans la Silicon Valley

Reporter Alison van Diggelenle 6 janvier 2014

Jean-Louis Gassée, est un ancien collègue de Steve Jobs chez Apple, il a travaillé avec Steve Job dans les années 80. Il était alors à la tête d’Apple en France.  Gassée est devenu un venture capitalist [investisseur à risque] basé dans la Silicon Valley. D’après lui, Steve Jobs était plus axé sur la beauté et l’élégance que sur l’argent. Il dit être convaincu que les vrais innovateurs sont souvent un peu fous, mais qu’en France  cela ne suffit pas.

« Il vous faut une dose supplémentaire de folie pour être un entrepreneur en France… les règlementations sont si pesantes », explique Gassée.

Il veut parler de la lourdeur de la réglementation gouvernementale et des impôts qui grimpent  parfois jusqu’à 75 %. « Cela oblige les entrepreneurs français à être tenaces et à chercher des échappatoires. Des failles juridiques, bien sûr.  En France, enfreindre la loi est un sport, trouver des façons de tricher c’est un honneur, c’est recevoir une médaille », dit Gassée ».

Quand Gassée a établi Apple en France, il a dû faire face aux barrages à la concurrence étrangère que le gouvernement avait mis en place. Il fallut faire preuve de créativité, de plus, le langage extravagant de la Silicon Valley était abject pour des oreilles françaises, continu t’il.

« Lorsque Steve Jobs notre regretté disparu est venu en France et a fait ses remarques hyperboliques habituelles, les gens ont été surpris, irrité », dit Gassée. «Les gens roulaient leurs yeux. Ils le traitaient de fou, de méprisant, de hautain, d’arrogant… Mais cela faisait partie de son génie “.

C’est ce génie même qui a fait de Steve Jobs un héros pour beaucoup de jeunes entrepreneurs français.

La journaliste van Diggelen se rend à la réunion d’un groupe de réseau francophone de la Silicon Valley, où elle discute avec John Forge, un entrepreneur français.

« Nous devrions faire de Steve Jobs un Français honoraire » a t’il dit insistant sur le style de Jobs et son approche concentrée sur les détails.

« Steve Jobs était très français par son approche. Il voyait la technologie à travers les yeux de quelqu’un qui a étudié les polices, les caractères, et l’écriture… en détail, tout devait être parfait ».

Forge soutient que l’obsession française de l’élégance est très ” Jobsien. ”

« Il faut que ce soit beau, c’est tout un mode de pensée », dit Forges.  « C’est quelque chose qui vous parle, qui vous parle efficacement ».

Forge poursuit affirmant que, « même parmi les entrepreneurs français à l’esprit ouvert de la Silicon Valley, il reste encore une certaine insularité. Le lieu où les Français se rencontrent … ils appellent cela « La mare aux grenouilles. «Il y a un peu trop de : Je veux mon steak frites tous les jours … pour vivre comme un Français », explique Forge.

On trouve, paraît-il, des dizaines de restaurants français dans la Silicon Valley.

La journaliste Van Diggelen se rend dans un de ces endroits, au café La Douce France à Palo Alto. Elle y rencontre Susan Lucas – Conwell qui dirige SV Forum, un réseau d’éducation pour les entrepreneurs de la Silicon Valley.

Lucas – Conwell est mariée à un Français et dit que les français voient l’échec  dans les affaires différemment qu’en Californie.

Dans la Silicon Valley, c’est un honneur que d’avoir raté. En France, elle explique, l’échec est l’un des non-dits, les choses dont on ne parle pas.

Ce qui aggrave encore plus les choses, ajoute t’elle c’est que les représentants du gouvernement français sont des experts dans l’art de vous diminuer.

« Vous entendrez des représentants du gouvernent appeler les entrepreneurs des “patrons voyous”  dit Lucas – Conwell.

Ce sont des mots durs, c’est une autre manifestation de la culture anti-entreprise en France, elle insiste. Et quand vous y réfléchissez, le mot entrepreneur est après tout un mot français.

Ainsi, alors que les innovateurs français se débattent, ceux qui ont le plus de chance peuvent immigrer ici dans la Silicon Valley et sentir un vent d’optimisme dans leur dos.

« Ici, dans la Silicon Valley nous avons tendance à croire que nous gouvernons le monde, vous comprenez, et il y a un peu de vrai dans ça » dit Jean- Louis Gassée. “Je tweet, tu tweet, nous tweetons vous, tweetez, ils tweetent … C’est un verbe  en Er. L’usage surpasse les règles dans n’importe quelle langue “.

” C’est une chose merveilleuse … nous sommes le melting-pot des melting-pots », ajoute-t’il.

Sophie Woodville Ducom, une autre française à la Chambre de commerce américano-française, appelle la Silicon Valley ” La Mecque ” – un lieu où les entrepreneurs peuvent s’épanouir, même s’ils ont commencé par échouer. Et s’ils ont vraiment de la chance, ils arriveront à profiter de la gloire. C’est là la promesse de la Silicon Valley,

Alison van Diggelen est une journaliste pigiste pour The World de PRI et hôtesse de Fresh dialogues [Dialogues frais], une série d’entrevues avec des leaders d’opinion “verts “.

En fin de compte, pour les Français à Silicon Valley, le gouvernement en France ne vous donne pas le choix, il faut le contourner pour avancer. La souplesse, même appliquée à la tromperie, est donc considérée comme un honneur, tandis que dans la Silicon Valley faire erreur, rater son coup, recommencer, c’est un honneur!

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