Les Suprématistes blancs sans frontière

Pages d’opinions

Le New York Times

Par MORRIS DEES et J. RICHARD COHEN

22 juin 2015

MONTGOMERY, Alabama -. Une variété d‘indices sur les motifs de Dylann Storm Roof ont été révélés. Il est le suspect dans le tir de masse de la semaine dernière à L’église Emanuel African Methodist Episcopal Church [église Emanuel, africaine épiscopale, méthodiste] à Charleston, Caroline du Sud. Nous avons tout d’abord remarqué les écussons qu’il portait sur sa veste sur une photo sur Facebook: les drapeaux des régimes en Afrique du Sud et en Rhodésie qui appliquaient brutalement les règles de la minorité blanche.

Puis, une autre cache de photos de M. Roof a été découverte sur le site Web Last Rhodesian [dernier des Rhodésiens] où il était vu sur plusieurs d’entre elles portant un drapeau confédéré. Last Rhodesian était enregistré à son nom, avec un manifeste qui était un méli-mélo d’idées de la suprématie blanche. L’auteur (probablement M. Roof) appelle les Blancs à prendre “des mesures radicales” pour recouvrer la domination en Amérique et en Europe.

111Ces thèmes sont populaires parmi les suprémacistes blancs aux États-Unis et sont également des indicateurs de la mondialisation croissante du nationalisme blanc. Quand nous pensons au terrorisme islamiste de groupes comme Al-Qaïda et l’État islamique, nous reconnaissons leur dimension internationale. Mais quand il s’agit du terrorisme intérieur d’extrême droite, nous ne le reconnaissons pas.

 

 

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Les Américains ont tendance à voir des attaques tel que l’assassina en masse à Charleston comme des crimes haineux isolés, le travail d’un raciste ou d’un groupe de fanatiques en colère qui se déchainent, sans connexion avec un mouvement plus large. Nous ne pouvons plus nous permettre un tel point de vue.

 

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Lorsque selon les survivants, M. Roof dit aux victimes lors de la réunion de prières que les noirs “s’emparaient du pays,” il exprimait des sentiments qui unissent les nationalistes blancs des États-Unis, du Canada, d’Europe, d’Australie et de la Nouvelle-Zélande. Contrairement à ceux de l’époque des droits civiques, dont l’objectif principal était de maintenir Jim Crow [symbole de la discrimination contre les noirs] dans le sud des États-Unis, la suprématie blanche d’aujourd’hui ne voit pas de frontière; elle voit une tribu blanche sous attaque par des gens de couleur dans le monde entier.

Ils pensent que la fin de la domination blanche en Rhodésie (aujourd’hui le Zimbabwe) et l’Afrique du Sud, préfigure un futur apocalyptique pour tous les blancs: un «génocide blanc» qui doit être arrêté avant qu’il ne soit trop tard. Pour soutenir ce point de vue, ils citent les meurtres de fermiers blancs en Afrique du Sud depuis la fin de l’apartheid.

Les extrémistes ont au cours des dernières années, distillé la notion de génocide blanc au «mantra,» dont certaines parties apparaissent sur les panneaux d’affichage du Sud des États-Unis, ainsi que dans des discussions sur Internet. Il proclame «Diversité = génocide blanc» et «diversité signifie pourchasser le dernier Blanc ». Ils attribuent à la «race blanche»une atteinte au multiculturalisme. Le White Nationalist American Freedom [ le Parti national de la Liberté américaine blanche] a nommé Robert Whitaker, un ségrégationniste de Caroline du Sud et l’auteur du mantra, son candidat à la vice-présidence en 2016.

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Les suprématistes blancs à travers les États-Unis, dont certains affichent le drapeau sud-africain de l’apartheid, ont participé à des Marches de “l’homme blanc” afin de sensibiliser au soi-disant génocide blanc. Un groupe de néo-confédérés, The League of the South [la Ligue du Sud], utilise également l’argument du génocide blanc pour appeler à des lois contre les mariages interraciaux.

Les dirigeants nationalistes blancs voyagent à l’étranger pour renforcer leurs réseaux internationaux. Au Southern Poverty Law Center [S.P.L.C], [Centre pour des lois sur la pauvreté du Sud], nous avons recensé plus de 30 cas au cours des deux dernières années. En 2013, Jared Taylor de American Renaissance [la Renaissance Américaine], un groupe qui publie des articles pseudo-académiques visant à démontrer l’infériorité des noirs, a adressé des groupes de nationalistes blancs en Grande-Bretagne et en France sur le sujet de leur cause commune. «La lutte en Europe est exactement le même que la nôtre», a-t-il dit.

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Le mouvement est tenu de produire plus de violence, mais pas nécessairement par des groupes organisés, mais aussi par des loups solitaires comme Anders Behring Breivik, le terroriste norvégien qui a tué plus de 70 personnes dans son pays en 2011 parce qu’il voulait «sauver l’Europe de l’islam.” M. Breivik avait des liens avec les nationalistes blancs américains en tant qu’utilisateur enregistré de Stormfront, [Front Orageux] un forum web fondé par un ancien dirigeant du Ku Klux Klan qui a plus de 300.000 membres dont environ les deux tiers, est Américain.

L’Europe a également vu la montée d’un puissant mouvement politique, d’extrême droite qui rejette le multiculturalisme. L’antisémite Parti Jobbik en Hongrie et le néo-fasciste Golden Dawn [Aube dorée] en Grèce en sont d’excellents exemples. En Allemagne, on a rapporté une série de meurtres accomplis par des néonazis. Actuellement, la Grande-Bretagne connaît aussi un redressement des nationalistes, la politique contre l’immigration.

 444Ce mois-ci, des membres du personnel de S.P.L.C se joindront aux militants des États-Unis et de l’Europe lors d’une conférence à Budapest sur ce suprématisme blanc transnational qui se dessine alors que le monde devient plus connecté par la technologie. Le message du génocide blanc se répand. Les nationalistes blancs contemplent au-delà des frontières pour la confirmation que leur race est sous attaque, et ils partagent leurs idées dans la chambre d’écho des sites racistes.

Les jours où l’on pensait que le terrorisme domestique était le travail de quelques membres du Klan ou de skinheads belligérants n’existent plus. Nous savons que les terroristes islamistes pensent globalement, et nous sommes confrontés à cette menace. Nous avons été trop lents à réaliser que les suprémacistes blancs font la même chose.

Morris Dees est le fondateur, et J. Richard Cohen le président, du Southern Poverty Law Center.

 

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