L’Europe doit réformer ses mortelles politiques d’asile

EDITORIAL du conseil de rédaction du New York Times

31 Août 2015

L’arrivée de centaines de milliers de réfugiés en provenance de régions déchirées par la guerre en l’Afrique et au Moyen-Orient, ainsi que des migrants économiques en provenance d’Afrique et d’Asie, teste l’Union européenne comme aucune autre crise récente ne l’a fait. Alors que le taux humain augmente et que plus de 2.500 personnes sont mortes jusqu’à présent cette année, la pression morale s’accroît, insistant pour que l’Europe agisse. Vendredi dernier, après que 71 personnes aient été retrouvées asphyxiées dans un camion en Autriche et 150 autres noyés au large des côtes de la Libye, le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a déclaré qu’il était “horrifié et avait le cœur brisé par ces dernières pertes de vie.”

8 Les souches de cette catastrophe se situent dans les crises que l’Union européenne ne peut résoudre seule: la guerre en Syrie et en Irak, le chaos en Libye, la misère et des régimes brutaux en Afrique. Mais les politiques déboutés d’asile de l’Union européenne ne peuvent échapper au blâme pour les souffrances de milliers de personnes qui cherchent à échapper à ces crises. Dans la situation actuelle, l’Europe offre peu de pistes juridiques aux réfugiés, et en leur absence, les gangs de contrebande humaine criminels ont prospéré, promettant passage dans une embarcation de fortune ou dans un camion réfrigéré pour un prix qui comprend trop souvent la vie de ceux qu’ils transportent.

Le Règlement de l’Union européenne de Dublin est en grande partie responsable du problème. Ce règlement, qui date des années 1990, exige que les réfugiés demandent asile dans le premier pays européen qu’ils atteignent. Cela a injustement accablé les deux pays sur les lignes de front de la Méditerranée, l’Italie et la Grèce. Tout a son honneur, l’Allemagne, a abandonné de manière efficace cette réglementation la semaine dernière ce qui permettra aux réfugiés syriens de demander asile, peu importe où ils seront entré dans l’Europe. Mais l’Allemagne a déjà prévu d’absorber 800.000 réfugiés cette année, et la chancelière allemande Angela Merkel a clairement exprimé que l’Europe doit également participer à l’effort.

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L’Allemagne, la Grande-Bretagne et la France ont prévu une réunion d’urgence des ministres de l’Union européenne le 14 septembre pour trouver des solutions à la crise. Au programme des affaires, devrait être l’abolition rapide du Règlement de Dublin. Au-delà de cette mesure, les ministres devraient donner la plus grande attention à un plan plus large, en 10 points, de la réforme de l’immigration proposée la semaine dernière par le ministre des Affaires étrangères de l’Allemagne, Frank-Walter Steinmeier, et Sigmar Gabriel, le vice-chancelier et ministre de l’économie. Parmi les propositions se trouve un code commun d’asile, la répartition équitable des réfugiés entre les États membres, l’aide aux pays mis sous pression par la crise et les opérations de sauvetage maritime forcées en Méditerranée.

Quelque chose doit être rapidement fait, non seulement pour les réfugiés, mais aussi pour la stabilité politique de l’Union européenne. Le tsunami humain et l’absence d’une réponse cohérente ont alimenté la droite xénophobe de l’Europe et provoqué la discorde entre les 28 États membres de l’Union.

 3Pendant ce temps, le jeu du blâme se dégrade. La France n’a pas vraiment accueilli les réfugiés avec bienveillance, mais le dimanche, son ministre des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a vivement critiqué la Hongrie pour la clôture qu’elle est en train de construire le long de sa frontière avec la Serbie pour empêcher les réfugiés d’atteindre son pays. La Hongrie a initialement bloqué à la gare Keleti des centaines de réfugiés et de migrants qui veulent se rendre en Allemagne. Bien que l’on rapporte que ce pays permet maintenant le passage d’un certain nombre d’entre eux, c’est une décision initiale que l’on attribue a la croissance d’efforts désespérés du genre de ceux qui semblent avoir conduit à la mort de 71 personnes retrouvées dans un camion en Autriche. D’autres actions du même type sont à craindre si l’Europe n’offre pas une solution humaine de remplacement à celle des contrebandiers.

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Une version de cet éditorial a paru dans la presse le 1er septembre 2015, page A 22 de l’édition de New York du New York Times sous le titre: Les Inhumaines Politiques d’Asile de l’Europe.

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