L’illusoire plaisir du remède à l’encombrement

 

Pamela Druckerman

Février 15, 2015

PARIS – J’ai récemment découvert le secret pour égayer même la plus balourde des conversations: discuter de l’encombrement. Tous ceux que je rencontre semblent mener une bataille personnelle contre leurs propre fatras et s’agitent dès que le sujet est mentionné.

“Je n’achète rien- pas de vêtements, pas de chaussures,” me dit une femme qui travaille dans l’industrie française de la mode. Une New-Yorkaise en proie a une crise de désencombrement m’a expliqué: «J’ai trop de choses dans la tête trop de choses aussi à la maison.” Un ami m’a dit que quand sa petite amie se mettait en colère, elle l’appelait le désordre de sa vie.

0Bien sûr, l’entassement n’est pas un nouveau problème. Mais soudain, il est non seulement irritant – il est maudit. Si vous ne vivez pas à votre top, l’accumulation de choses en est probablement la raison. Le livre de Marie Kondo “The Life-Changing Magic of Tidying Up,” [La Magie du rangement changera votre vie]. Le best-seller dans sa classe sur la liste du New York Times promet qu’une fois que votre maison sera en bon ordre, vous pourrez “consacrer votre temps et votre passion sur ce qui vous donne le plus de joie, sur ce qui est votre véritable vocation dans la vie “.

Ce n’est pas seulement un problème américain. Le livre de Mme Kondo a été un best-seller dans son pays natal, le Japon, ainsi qu’à Taiwan, en Corée du Sud et en Allemagne. (Près de 30 traductions sont prévues.) Karen Kingston, un expert de l’encombrement britannique qui donne conseil partout dans le monde, dit que ses cours en ligne, y compris un cours avancé appelé Zéro Procrastination, attirent des étudiants d’au moins 18 pays.

2Le désordre n’est pas le même partout dans le monde. Mme Kingston affirme que l’encombrement britannique inclue souvent des meubles importuns reçus en héritage. (Elle recommande : “Acceptez l’amour qui vous a été offert avec le cadeau, mais laissez partir l’élément physique ».) Les Américains ont moins d’héritages, mais peuvent devenir sentimentalement attachés à de nouveaux achats, ajoute-t-elle.

Les Allemands sont parmi les plus nombreux abonnés à ses cours de désencombrement. Bien que quand une collègue lui envoie par emails son « fouillis de photos » de ses clients potentiels, elle est souvent mal en peine d’y repérer le désordre. (En Allemagne, « ce n’est pas tellement qu’ils ont un désordre gigantesque, mais plutôt le fait qu’ils recherchent une organisation optimale », explique Mme Kingston.)

Une enquête française a constaté que, parmi les Européens de l’Ouest, les Italiens ont le plus grand nombre d’«objets inutilisés” dans leurs maisons. C’est peut-être parce que les grandes familles vivent ensemble, et mélangent leur encombrement.

4En Amérique, se libérer de son encombrement peut être une expérience de renouvellement. Cela a transformé la vie de Ryan Nicodemus, co-créateur du blogue minimaliste, dans lequel il décrit comment il était un homme surmené, divorcé, dépressif qui buvait et consommait de la drogue – jusqu’à ce qu’il se débarrasse de 80 % de ses biens. “Un mois plus tard, ma perspective avait entièrement changé. Je me suis dit alors qu’il y avait peut-être des gens que mon histoire intéresserait, explique-t-il.

Le fatras est en partie devenu à la mode parce que nous en avons accumulé une quantité dangereuse de choses. L’encombrement a débuté il y a 25 ans, lorsque la Chine a commencé à exporter d’énormes quantités de vêtements bon marché, de jouets et d’électronique. Les magasins à prix réduits et les grandes surfaces nous ont encouragés à stocker tout cela.

11Et c’est ce que nous avons fait. Une étude des familles de classe moyenne à Los Angeles a révélé qu’une famille sur quatre seulement pouvait garer une voiture dans son garage. (L’étude a également constaté que le niveau de stress des mères de famille augmentait quand elles décrivaient leur désordre familial). Les Américains qui luttent pour payer leurs frais d’assurance maladie et de collège trouvent néanmoins le moyen d’acheter beaucoup de choses, parfois à crédit.

Mais en devenant de moins en moins cher, le fatras a perdu son statut. Dans les pays riches, les cambriolages ont diminué, en partie parce que cela ne valait pas la peine de risquer la prison pour un téléviseur à $150. Les programmes de télévision-réalité montrant la vie d’accumulateurs ont rendu la possession de beaucoup de choses encore moins attrayante.

Dans certains milieux aisés, les gens se vantent maintenant du peu qu’ils possèdent ou alors ils ne conservent que des petites collections d’objets soigneusement sélectionnés. Les Américains les plus aisés se concentrent de plus en plus sur d’onéreuses expériences telles qu’un voyage au Bhoutan – plutôt que sur des biens matériels.

Les classes moyennes se fatiguent également de leurs biens. Il y a des communautés sur l’internet pour ceux qui ont juré de retirer de leur maison 40 sacs d’objets en 40 jours, ou d’en revenir à ne posséder que 100 possessions. Dans son livre « A Bunch of Pretty Things I Did Not Buy »,[Un Tas de Choses Que Je N’ai Pas Acheté], l’artiste Sarah Lazarovic décrit l’année qu’elle a passée à peindre des choses au lieu de les acheter.

8Il est difficile de résister à la fièvre du désencombrement. Je passe, moi aussi, mes week-ends à remplir des sacs avec des livres de cuisine, des jouets et des vieilles robes, avant d’en disposer. Pour la première fois depuis des années, je peux mettre la main sur n’importe lequel de mes chandails.

Mais plus je vide plus je me rends compte que, nous désengorgeurs, nous nous sentons assiégés par bien plus que nos possessions. Nous sommes également submergés par les détritus immatériels de la vie au 21ème siècle: les e-mails que nous laissons sans réponse ; les photos de famille non imprimées; l’incessant tic-tac de la vie des autres sur Facebook; les incessantes exigences de la vie de parents; et la suspicion que nous allons éternellement vérifier nos téléphones toutes les 15 minutes. Je suis encore capable de rester assise dans une pièce vide et de ne rien faire.

55Il est réconfortant d’imaginer que, sous ces détournements se cache notre moi brillants et authentique, ou même atteindre un état de « pleine conscience. » Mais j’en doute. Je commence à soupçonner que la joie de se débarrasser de tous nos trucs est tout aussi illusoire qu’a été la joie de l’acquisition de tout cela. Moins peut être plus, mais ce n’est toujours pas assez.

Pamela Druckerman journaliste au New York Times est l’auteur de “Bringing Up Bébé: Une mère américaine découvre la sagesse de l’éducation des enfants Français.” Pamela Druckerman

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2 Responses

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