L’importance de l’écart du stress entre hommes et femmes

 

Par Kristin Wong

14 novembre 2018

Le New York Times

La recherche montre, que partagées entre les tâches domestiques et le travail émotionnel les femmes sont plus stressées que les hommes, mais ce n’est pas inévitable. Voici ce qu’en disent les données, et comment prendre soin de soi-même.

« J’étais un bourreau de travail. J’aime créer des choses, les cultiver et résoudre des problèmes », a déclaré Meng Li, une développeuse d’applications notoire à San Francisco. « Je ne me souciais pas vraiment de mon esprit et de mon corps jusqu’à ce qu’ils décident de se mettre en grève. »

Mme Li nous apprend que son stress avait conduit à l’insomnie. Quand elle dormait, elle faisait « des rêves où elle résolvait des problèmes », ce qui lui laissait une sensation de trouble à son réveil. « Quand je suis devenue mère pour la première fois, j’ai vite compris qu’entre le travail et la famille, j’étais tellement occupée à prendre soin des autres et à travailler, que j’avais l’impression de déraisonner», a-t-elle déclaré. « Je mettais en veilleuse mes propres besoins physiques et mentaux. »

C’est une histoire banale qui est ridiculisée et facilement rejetée lorsque, par exemple, les femmes sont appelées bécasses, et ce, en dépit de la somme croissante de recherches qui soulignent le problème. Selon une étude de 2016 publiée dans The Journal of Brain & Behavior, les femmes sont deux fois plus susceptibles de souffrir de stress et d’anxiété graves que les hommes. L’American Psychological Associationsignale continuellement un écart entre les sexes, démontrant que systématiquement les femmes dénotent des niveaux de stress plus élevés. C’est évident, l’écart de stress existe.

Les femmes font plus de travail domestique non rémunéré que les hommes

« La disparité n’est pas vraiment une nouveauté pour moi, compte tenu de ma formation de psychologue clinicienne », a déclaré Erin Joyce, thérapeute pour femmes et couples à Los Angeles. “Cela est bien documenté dans notre Diagnostic and Statistical Manual of Mental Disorders,5e Edition, le Manuel de Diagnostics et de Statistiques des troubles mentaux, cinquième édition, selon lequel les taux de prévalence de la majorité des troubles d’anxiété sont plus élevés chez les femmes que chez les hommes.”

Les sceptiques peuvent alléguer qu’il s’agit simplement de faits rapportés, minimisant la disparité ainsi que les expériences des femmes. Dr Joyce a ajouté que le scepticisme réside également dans le fait que beaucoup d’hommes ressentent les mêmes pressions que les femmes pour s’acquitter de leurs responsabilités au travail et à la maison. En d’autres termes, nous sommes tous très stressés.

« Cependant, la différence réside dans la nature et la portée de ces responsabilités, en particulier dans l’environnement domestique, » a déclaré le Dr Joyce.; les Nations Unies ont par exemple signalé que les femmes effectuaient près de trois fois plus de travail domestique non rémunéré que les hommes. Le problème, c’est que souvent les tâches ménagères ne sont pas considérées comme un travail, même si elles sont aussi et dans certains cas, plus pénibles que tout travail rémunéré.

Il a été calculé que les travaux ménagers au Royaume-Uni valaient 6 billions de dollars par an.

En France, ces travaux apporteraient une contribution à la production nationale équivalente à 17,5% du PIB.

Valorisé au SMIC et mesuré avec la définition la plus restreinte, cela représente environ 4,2 milliards d’euros.

Le manque à gagner pour l’économie mondiale, et 10.000 milliards de dollars de soit 13% du PIB de la planète.

Comme le disait la professeure Silvia Federici en 1975, la nature non rémunérée du travail domestique renforce l’hypothèse selon laquelle « le travail domestique n’est pas un travail, empêchant ainsi les femmes de lutter contre ce contentieux, sauf dans les querelles de ménage que toute société accepte de ridiculiser. »

Et puis, il y a le contresens du travail émotionnel.

Cette situation ne prend pas seulement place à la maison. Une étude réalisée par la Nova Southeastern Universitya révélé que les femmes qui sont cadres étaient plus susceptibles que les hommes de faire preuve de « réaction superficielle », c’est-à-dire de forcer des émotions qui ne sont pas entièrement ressenties. « Ces femmes ont exprimé optimisme, calme et empathie même lorsque ces émotions n’étaient pas celles qu’elles ressentaient réellement”, a déclaré l’étude.

L’expression de surface est un excellent exemple de « travail émotionnel», un concept que l’écrivain Jess Zimmerman a rendu familier dans un essai de 2015 pour The Toast. Le traité a suscité de nombreuses discussions sur MetaFilter, et des centaines de femmes ont parlé de leur propre expérience du travail émotionnel : c’est-à-dire les tâches que l’on attend de vous, mais qui passent inaperçues.

Ces tâches invisibles ne deviennent évidentes que lorsqu’elles ne sont pas faites. Je me souviens de la période où j’ai entrepris une grève du travail émotionnelle. J’ai demandé à mon mari de gérer un événement auquel nous étions tous les deux invités et, lorsque nous nous sommes présentés avec deux heures de retard, par sa faute, tous ses yeux étaient rivés sur moi. « Nous vous attendions beaucoup plus tôt », a déclaré l’hôte – se tournant vers moi.

Le travail émotionnel a des conséquences mentales et physiques

Comme le travail domestique, le travail affectif n’est généralement  pas reconnu comme travail, mais la recherche montre qu’il peut être aussi épuisant que le travail rémunéré. Le travail émotionnel peut conduire à l’insomnie et à des conflits familiaux, selon une étude publiée dans Personnel Psychology. Le stress occasionnel peut bien sûr, tel que la perte d’un emploi, entraîner le même genre de complications, mais le travail émotionnel n’est pas circonstanciel. C’est une responsabilité durable basée sur le rôle des femmes socialisées et dans l’inégalité des sexes.

Comme Mme Li, beaucoup de femmes tentent de gérer les facteurs de stress supplémentaires pour atteindre ce que le Dr Joyce a qualifié d’idéal inaccessible. « Certaines femmes professionnelles aspirent à tout faire : atteindre le sommet de l’échelle de l’entreprise et voltiger comme une super maman », a-t-elle déclaré.

Les femmes se sentent coupables et encore plus stressées lorsqu’elles n’atteignent pas cet idéal. À la suite de son propre combat, Mme Li a fait un pas en arrière pour se concentrer, puis a utilisé son expérience pour construire sanityandself,La Santé et Soi-Même, [sanituandself.com, ] une application et plate-forme en Anglais de soins personnels pour les femmes surmenées. « Mes réalisations au cours de ce processus m’ont aidé à mieux me comprendre et à me préparer à intégrer mes attentions personnelles à ma vie quotidienne », a-t-elle ajouté. Le problème du stress s’étend au-delà de la santé mentale, compte tenu du lien existant entre le stress chronique, l’anxiété et la santé du cœur.

Pire encore, l’essentiel de ce que nous savons sur la maladie cardiaque – la principale cause de décès chez les hommes et les femmes – provient d’études impliquant des hommes, mais « il y a de nombreuses raisons de penser que c’est différent chez les femmes », a rapporté Harvard Medical School.

Les femmes sont plus susceptibles de souffrir de troubles du sommeil, d’anxiété et d’une fatigue inhabituelle avant une crise cardiaque. Le stress est tellement normalisé qu’il est facile pour les femmes d’éliminer ces symptômes comme de simples conséquences du stress. De nombreuses femmes ne ressentent pas de douleur thoracique avant une crise cardiaque comme le font les hommes, ce qui mène à réduire le nombre de femmes qui découvrent des problèmes cardiaques problématiques.

Alors que la recherche commence à explorer ces différences, Harvardrapporte que les femmes sont « beaucoup plus susceptibles que les hommes de mourir moins d’un an après avoir subi une crise cardiaque »et « de nombreuses femmes précisent que leurs médecins ne leur parlent jamais du risque coronarien et parfois même n’en reconnaissent pas les symptômes ».

Comment les femmes peuvent-elles lutter ?

 La bonne nouvelle est que les femmes sont plus susceptibles que les hommes de prendre en charge leur stress et de le gérer, rapporte l’American Psychological Association.Voici quelques méthodes pour le faire :

Adoptez les attentions personnelles

Le concept d’attentions personnelles est souvent confondu avec l’exagération de devoir se soigner soi-même, mais à la base, les soins personnels sont beaucoup plus simples que cela. « Les bases d’un bon sommeil, d’une alimentation saine et d’exercice physique constituent un bon point de départ », a annoncé le Dr Joyce.

« Le soutien de la part de relations de confiance est essentiel, y compris le soutien professionnel de divers pourvoyeurs de santé et de bien-être dans la mesure où le stress devient de plus en plus accablant. » Il est également important de se déconnecter des facteurs de stress tels que les responsabilités professionnelles et domestiques, mais beaucoup plus faciles à dire qu’à faire. Mme Li ajoute qu’elle a créé l’application Sanity&Selfpour aider les femmes à se prendre en charge quand elles n’auraient peut-être pas beaucoup de temps pour le faire. L’application  comprend diverses sessions d’attentions personnelles allant de deux à 45 minutes. Vous pouvez choisir entre des exercices de respiration, des exposés d’encouragement, des invitations à l’écriture d’encouragements de routines de remise en forme, entre autres options.

Reconnaissez vos déclencheurs.

Il est également utile de comprendre les causes de votre stress. “Soyez vraiment précis avec ce qui vous stresse”, a déclaré Mme Li. « Nous mettons souvent notre stress sur le compte d’expériences générales comme le travail, mais le stress au travail peut prendre de nombreuses formes. Un collègue manque-t-il de respect pour votre emploi du temps ? Un patron vous diminue-t-il quotidiennement dans vos prises de décision ? Ce sont des types de facteurs de stress différents qui peuvent bénéficier de différents types de soins personnels. »

Travailler avec un thérapeute peut également vous aider à découvrir vos déclencheurs. « En raison de l’importance que l’ensemble de la société accorde à la santé et au bien-être, de plus en plus d’hommes et de femmes utilisent des méthodes plus saines de prise en charge de leur stress, comme l’exercice, la méditation et la psychothérapie ou la thérapie personnelle », a déclaré le Dr Joyce.

Recherchez l’approbation.
Basé sur le scepticisme quant à la disparité entre les sexes face au stress, il est facile pour les femmes de sentir que leur anxiété additionnelle est injustifiée ou exagérée. C’est pourquoi il est important de rechercher l’approbation. Rappelez-vous que:

  • Non, vous n’êtes pas folle et le fardeau que vous portez est de taille.

« C’est important pour les personnes, la famille, les enfants et la société », a ajouté Mme Li. Les sections d’entraide à la bibliothèque sont un bon point de départ. « Je me sens grandement validée lorsque je me tiens devant la section d’entraide de la bibliothèque, car chaque livre relate un problème que j’avais », a déclaré Mme Li. « Je me sens moins seule et je constate que ce n’est pas si grave. C’est pour donner aux femmes le même sens de validation que nous avons créé notre application.

  • C’est OK de ne pas vous sentir bien et nous cherchons à vous aider à traverser cette situation. »

Idéalement, votre conjoint ou partenaire vous soutiendra plutôt que de rapetisser votre stress. Il est important de discuter de ces questions avant qu’elles ne s’aggravent. « Les femmes qui travaillent à l’extérieur devraient faire un effort pour engager une conversation consciente avec leur partenaire au sujet d’un partage plus équitable des responsabilités domestiques et familiales », a déclaré le Dr Joyce.

Bien entendu, dans un monde idéal, ces conversations n’auraient pas à prendre place. Paradoxalement, il incombe aux femmes de convaincre leurs proches qu’un travail émotionnel existe et de faire campagne pour une coopération égale. Si seulement vous pouviez convertir cette tâche en argent liquide..

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