L’intimité pour ceux qui cherchent à l’éviter

 

Les Pages des chroniqueurs

je ne ressens pas le besoin de vérifier mes email plus que trois ou quatre fois par jour ni le besoin de répondre immédiatement à un courrier électronique ou même parfois à un appel téléphonique.

Je ne suis pas, d’autre part, accro au smartphone parce qu’étant assis devant mon ordinateur à longueur de journée je m’y réfère à longueur de journée pour connaître le temps, mes nouveaux messages ou pour faire une recherche. Je suis donc accro à mon ordinateur plutôt qu’à mon smartphone que je réserve pour mes appels lorsque je m’éloigne de mon ordinateur. Hormis cette différence, je suis aussi accro à la technologie moderne que ceux qui consultent leur smartphone en marchant sur le trottoir.

En 1985, la plupart des Américains on dit aux sondeurs qu’ils avaient environ trois confidents avec qui ils pouvaient tout partager. Aujourd’hui, la majorité des gens disent qu’ils n’en ont que deux. En 1985, 10 pour cent des Américains disaient qu’ils n’avaient personne en qui se confier pleinement, mais au début du siècle, 25 pour cent des Américains l’affirmaient.

 

David Brooks

Chroniqueur, le New York Times

7 octobre 2016

 

Il semble qu’au cours de la dernière génération, il y ait eu une baisse du nombre de solides amitiés.

1En 1985, la plupart des Américains ont dit aux sondeurs qu’ils avaient environ trois confidents, ceux en qui ils pourraient tout confier. Aujourd’hui, la majorité des gens disent qu’ils n’ont plus qu’environ deux confidents. En 1985, 10 pour cent des Américains disaient qu’ils n’avaient personne en qui se confier pleinement, tandis qu’au début de ce siècle 25 pour cent disent la même chose.

Cela nous laisse à nous demander si la technologie ne nous éloigne pas les uns des autres. Au lieu d’aller chez le voisin, ne demeurons-nous pas assis à la maison à tristement surfer la vie parfaite du reste du monde sur Facebook?

2Au cours des dix dernières années, une excellente recherche a suggéré que : non, la technologie et les médias sociaux ne nous isolent pas plus qu’avant. Ces choses-là ne sont que des outils. C’est ce que nous apportons à Facebook qui compte. Les personnes socialement engagées utilisent ces outils pour s’engager davantage ; les personnes seules les utilisent pour masquer leur solitude

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Comme Stephen Marche l’a écrit dans le magazine The Atlantic en 2012 “, employer les médias sociaux ne crée pas de nouveaux réseaux sociaux ; cela ne fait que transférer les réseaux établis d’une plate-forme à une autre “.

Mais récemment, l’opinion des gens sur les médias sociaux est devenue plus sombre. Il semble en effet que nous atteignions une sorte de degré de saturation. Être en ligne est non seulement quelque chose que nous faisons c’est devenu ce que nous sommes devenus en transformant la nature même de ce que nous sommes.

11 Plus tôt cette année, Jacob Weisberg a écrit un bel essai dans The New York Review of Books déclarant que, selon une étude britannique, nous vérifions nos smart phones en moyenne 221 fois par jour, soit environ toutes les 4,3 minutes.

Il y a dix ans, peu de gens avaient un smartphone. Aujourd’hui, l’Américain moyen passe cinq heures et demie par jour sur les médias numériques, et les jeunes y passent encore plus de temps. Une étude des étudiantes à l’Université Baylor a constaté qu’elles passaient 10 heures par jour sur leurs téléphones.

6Beaucoup de ce trafic est entraîné par la peur de manquer quelque chose. Quelqu’un va peut-être afficher sur Snapchat un je ne sais quoi que vous ne voulez pas manquer, de sorte qu’il vaut mieux vérifiiez assidûment. Le trafic est également entraîné par ce que les cadres de l’industrie appellent la “captologie.” Les applications génèrent des comportements coutumiers, tel que glisser à droite ou les Like d’un affichage qui génèrent de brèves parcelles de dopamine. Chaque fois que vous vous ennuyez ou que vous vous sentez anxieux ou un peu seul ne serait-ce que pour une seconde vous ressentez ce besoin profond d’ouvrir une application et d’obtenir cette décharge.

wwLe mois dernier, Andrew Sullivan a publié un essai émouvant et très discuté dans le magazine New York, intitulé « J’étais un être humain » au sujet de ce que l’on ressent lorsque son âme est creusée par le web.

 

“En remplaçant promptement la réalité,” par la réalité virtuelle, écrit Sullivan, « nous diminuons la portée de toute interaction intime alors même que nous multiplions le nombre de personnes avec qui nous interagissons. Nous enlevons ou filtrons considérablement toute information que nous pourrions obtenir en compagnie d’une autre personne. Nous réduisons cette information à quelques lignes à un « ami » sur Facebook, une photo Instagram, un message SMS, dans un monde contrôlé et séquestré qui demeure en grande partie sans aucune des éruptions soudaines ou des charges des véritables interactions humaines. Nous devenons les « contacts » les uns des autres, ombres pratiques de nous-mêmes “.

qqÀ saturation, les médias sociaux réduisent le temps que les gens passent dans une solitude ininterrompue avec soi-même, le temps pendant lequel on peut extirper et examiner ses états d’âme. Les médias encouragent le multitâche social : Vous êtes avec les gens avec qui vous êtes, mais vous surveillez également les six milliards d’autres individus qui pourraient communiquer de loin quelque chose de plus intéressant. Cela aplatit la gamme des expériences émotionnelles.

Comme Louis C.K. dit dans une apparence à la télévision, “Vous ne vous sentez jamais complètement triste ou complètement heureux. Vous vous sentez juste un peu satisfait de vos biens. Et puis vous mourrez. ”

eeL’addiction au smartphone rend peut-être plus difficile la possibilité de devenir le genre de personne capable d’une profonde amitié. Dans une vie qui est déjà pleine et stressante, il est plus facile de laisser le badinage et les plaisanteries bousculer toute présence émotionnelle. Il y a mille et une façons en ligne pour se divertir avec une blague ou un visage émoticône béate. Votre journée peut être remplie de points de contact heureux sans aucune des révélations effrayantes, ou des moments ennuyeux, difficiles ou incontrôlables qui constituent l’intimité réelle.

Lorsque Montaigne a décrit l’interaction intime dont il jouissait avec son meilleur ami, il a décrit une interaction émotionnelle progressive et comblée: «Ce n’était pas une considération particulière, ni deux, ni trois, ni quatre, ni un millier; c’était une quintessence mystérieuse de tout ce mélange possédé par ma volonté et qui la conduisit à plonger et à se perdre en lui; qui possédait toute sa volonté et la conduisit avec le même besoin et une même impulsion à plonger et à se perdre en moi”.

Quand nous sommes accros à la vie en ligne, chaque moment est amusant et divertissant, mais le tout est profondément insuffisant. Je suppose qu’une version moderne de l’héroïsme serait reprendre le contrôle des impulsions sociales, en disant non à un millier de contacts superficiels pour l’amour de quelques plongeons audacieux.

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