Madame PDG, allez me chercher un café, s’il vous plait

Je ne crois pas personnellement à l’égalité des sexes.

Je suis convaincu que dans bien des domaines les femmes sont plus capables que les hommes et que le monde marcherait mieux si elles étaient responsables là où les hommes le sont aujourd’hui.

En ce qui concerne la parité entre les sexes, analyses, discussions, conférences et projets se succèdent depuis des années en France comme aux États Unis sans aller bien loin et les mesures finalement prises manquent d’envergure.

. Une analyse de l’OCDE* a déterminé que si on réalisait la parité entre les sexes dans la participation au marché du travail, cela conduirait à une augmentation annuelle, de 0,4% du taux de croissance du PIB par habitant au cours des 20 années à venir.

 Près de 70 ans après la Deuxième Guerre mondiale lorsqu’aux États Unis les femmes furent employées dans les usines d’armement, et 48 ans après que Betty Friedan publie « The Feminine Mystique » [Le Problème Sans Nom], l’égalité des sexes en Amérique est toujours un but à atteindre, une place constante dans le discours national sans jamais vraiment aboutir.

Les Américaines ne gagnent encore que 77 cents pour chaque dollar que gagnent les hommes. Et de nombreuses industries, depuis les soins hospitaliers jusqu’à la construction, ont une représentation sexuelle considérablement inégale.

Dans un pays comme dans l’autre, un taux d’emploi plus faible pour les femmes persiste. On parle de faire reculer les inégalités et le sexisme partout où ils existent, c’est-à-dire dans la famille, au travail, en politique, mais aussi dans le sport, la culture, l’espace public… La mixité progresse très lentement dans bien des domaines.

Cela va faire 5000 ans que dans le monde, la femme est déplacée dans la société. Aujourd’hui, en Amérique comme en France, la femme est pénalisée. Les causes de l’inégalité se résument d’après moi, par les faits suivants :

  • Les femmes risquent de faire mieux que les hommes.
  • La possibilité de devoir interrompre leur carrière pour avoir des enfants présente un risque que l’employeur refuse ou en tout cas hésite à accepter.
  • La société voit les femmes comme les principales dispensatrices de soins pour les enfants, et d’entretien de la maison.
  • La disponibilité des garderies d’enfants et son coût est un autre obstacle majeur.

 Tout le reste n’est que justifications.

 On soutient que le domaine propre des femmes est le domaine «privé», celui associé à la famille et la maison. En reléguant les femmes à la sphère privée, leur capacité à entrer dans l’arène politique et celle des affaires est réduite, tandis que le domaine «public» c’est-à-dire celui de l’autorité politique et de contestation, est réservé aux hommes. En politique et dans les affaires, on exige des caractéristiques dites masculines.

 Une autre justification est la perception erronée que la féminité produit un leadership intrinsèquement faible.

 On vient juste de découvrir en France que 100% des femmes qui prennent les transports en commun sont soumises à un harcèlement verbal et physique. Il aura fallu longtemps pour faire cette découverte. Je me souviens en avoir entendu parler il y a plus de 60 ans.

Dans la rue, soit les femmes montrent trop de peau ou trop peu, soit elles paraissent trop féminines ou encore trop masculines.

 Parmi les dernières améliorations en date aux États-Unis. on notera :

  • 1993 – Sheila Widnall devient le premier secrétaire d’une branche de l’armée des États-Unis quand elle est nommée à la tête de la Force Aérienne.
  • Même année, Janet Reno devient la première femme procureure générale des États-Unis.
  • 1997 – Madeleine Albright est secrétaire d’État américain, la femme au plus haut rang dans le gouvernement des États-Unis.

 On prétend que les femmes sont, très jeunes, socialisées de manière à poursuivre des carrières incompatibles avec la politique ou les postes de leadership dans les affaires.

On prétend qu’elles ne peuvent pas faire deux choses en même temps, mais les hommes non plus ! Il a été prouvé que le cerveau passe d’une chose à l’autre, mais est incapable d’accomplir deux choses à la fois.

La mobilité joue un rôle crucial dans la dynamique travail-famille, une fois de plus au détriment de la femme. Dans un couple, la femme est le plus souvent supposée suivre son mari si un poste ou une promotion l’oblige à changer de ville ou de région.

Aux États-Unis, les femmes sont bien représentées dans les études scientifiques : en 2005, 45% des diplômés de mathématiques et 52% des diplômés de chimie étaient des femmes. Une fois inscrites, les femmes ne décrochent pas davantage que les hommes. Elles sont cependant comparativement moins nombreuses à pousser jusqu’au doctorat d’ingénierie.

 La recherche a montré que les nouvelles femmes politiques au Canada et aux États-Unis sont plus âgées que leurs homologues masculins. 

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 Sheryl Sandberg et Adam Grant sur : les femmes et le ménage au bureau

FEB. 6, 2015      Le New York Time

Tard un vendredi après-midi chez un éminent cabinet de conseil, une demande de dernière minute arrive d’un client. Une gestionnaire est la première à offrir de s’en occuper. Elle avait déjà passé toute la journée en réunion avec des collègues juniors qui recherchaient des conseils de carrière, même si ils n’étaient pas de son équipe. Plus tôt dans la semaine, elle avait formé plusieurs nouvelles recrues, aidé un collègue à améliorer un exposé et convenu de planifier le divertissement de vacances du bureau. Quand vint le temps de son examen pour devenir partenaire, ses accomplissements en tant que membre de l’équipe combinée à son excellente performance auraient dû faire de son acceptation un fait certain. Au lieu de cela, sa promotion fut retardée de six mois, puis d’un an.

C’est là la triste réalité dans les lieux de travail à travers le monde: les femmes contribuent plus, mais en bénéficient moins. Les stéréotypes profondément ancrés présument que les hommes seront ambitieux et axés sur les résultats, et les femmes nourricières et considérées. Quand un homme se propose d’aider, on le couvre d’éloges et de récompenses. Mais quand une femme offre son aide, on se sent moins endettés. Elle est consciencieuse, n’est-ce pas? Elle veut être membre de l’équipe. L’inverse est également vrai. Quand une femme se refuse à aider un collègue, elle est moins appréciée et sa carrière en souffre. Mais quand un homme dit non, il ne fait face à aucune rétribution. Un homme qui n’aide pas est « occupé » alors qu’une femme est « égoïste ».

Dans une étude menée par le psychologue de l’Université de New York Madeline Heilman, les participants ont évalué la performance d’un employé – masculin ou féminin – qui ne reste pas après les heures de bureau pour aider ses collègues à se préparer à une réunion importante le lendemain.

Un homme qui reste tard et aide les autres est jugé 14% plus favorablement qu’une femme. Lorsque les deux refusent,    une femme est jugée 12% moins favorablement qu’un homme. Maintes fois, après avoir donné une aide analogue, un homme est plus susceptible d’être recommandé pour une promotion, pour un projet important, une augmentation ou une prime. Une femme doit aider pour obtenir simplement la même note qu’un homme qui n’a pas aidé.

Il n’y a pas longtemps, une cadre supérieure de nos connaissances assistait à une réunion du conseil assise à côté de plusieurs collègues masculins plus juniors qu’elle, lorsque le président du conseil lui a demandé d’aller lui chercher un soda.

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Le professeur de Harvard Rosabeth Moss Kanter a observé que les femmes font la part du lion des « »travaux de ménage du bureau », tâches administratives qui aident, mais ne rapportent rien.

Il faut bien que quelqu’un prenne des notes, assiste aux comités et planifie les réunions, et comme pour les tâches ménagères à la maison, ce quelqu’un est souvent une femme.

Joan C. Williams, professeure à l’Université de Californie, Hastings College juridique, constate que l’on compte encore sur les femmes professionnelles dans les affaires, le droit et la science pour apporter des cupcakes, répondre au téléphone et prendre des notes. Non seulement ces activités prennent du temps, elles causent aux femmes de perdre un temps précieux et de rater des occasions. La personne qui prend assidument des notes à la réunion est rarement celle qui prend une décision importante.

Quand les hommes apportent leur soutien, ils sont plus susceptibles de le faire en public, tandis que les femmes apportent plus souvent leur appui dans les coulisses. Des études démontrent que les hommes sont plus aptes à contribuer à des comportements visibles – tel que se présenter à des réunions facultatives – tandis que les femmes s’engagent plus discrètement dans des activités qui demandent du temps telles qu’aider les autres et servir de mentor à des collègues. Le professeur de gestion Joyce K. Fletcher du Simmons College a noté que les contributions communautaires des femmes ont tendance à tout simplement «disparaître».

Des soutiens dans les coulisses et en public sont essentiels à la réussite d’une organisation. La recherche a démontré que les équipes qui ont une meilleure attitude de soutien atteignent des bénéfices plus importants, des ventes plus élevées, plus d’efficacité, une meilleure qualité, plus de revenus et plus de satisfaction de la part des clients. Mais faire le gros du travail exige un coût psychologique. Dans une analyse de 183 études différentes couvrant 15 pays et des dizaines de professions, les femmes étaient beaucoup plus susceptibles de se sentir émotionnellement épuisées. Les femmes se sacrifient souvent dans le but de prendre soin des autres. Pour chaque groupe de 1 000 personnes au travail, on trouve 80 femmes de plus que les hommes qui succombent au burn-out ; en grande partie parce qu’elles ne parviennent pas à sécuriser leurs propres masques à oxygène avant d’aider les autres.

Tout comme nous avons toujours besoin de rééquilibrer les travaux ménagers et les soins des enfants à la maison, nous avons besoin d’égaliser et d’apprécier la valeur des travaux de ménage au bureau. Mais pour cela il faut commencer par reconnaître le déséquilibre avant de le corriger.

La plupart des organisations évaluent régulièrement les accomplissements de chacun des employés. Pourquoi ne pas suivre également les actions de soutien? Pourquoi ne pas attribuer uniformément des tâches communales plutôt que de compter sur des bénévoles ? Cela assurerait également que le travail de soutien soit partagé, remarqué et apprécié.

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 Pour les femmes, le changement le plus important commence par un changement de mentalité: Si  nous voulons prendre soin des autres, nous devons d’abord prendre soin de nous-mêmes. Adam, l’un des hommes de notre équipe, a mené et examiné de nombreuses études démontrant que les femmes (et les hommes) atteignent un plus haut rendement et ressentent moins de burn-out quand ils s’occupent de leurs propres besoins en même temps que les besoins des autres. En mettant la préoccupation d’elles-mêmes à l’égal du souci des autres, les femmes se sentiront peut-être moins altruistes, mais elles seront en mesure de gagner plus d’influence et de maintenir plus d’énergie. En fin de compte, elles seront en mesure de donner plus.

Dans le cabinet de conseil mentionné plus haut, la gestionnaire qui fut laissée de côté pour une promotion utilisa des moyens plus performants pour soutenir les autres. Au lieu de rencontrer des dizaines de jeunes collègues en tête-à-tête, elle commença à les inviter à des déjeuners de groupe. Cela économisa son temps et lui permit de créer un réseau d’entraide. Plutôt que de traiter des questions reçues par téléphone, elle rédigea un manuel de réponses qu’elle distribua à ses collègues. Et pour ce qui est des demandes déraisonnables, au lieu de dire qu’elle était trop occupée, elle expliqua que son groupe était déjà surmené. Ainsi, en expliquant qu’elle protégeait d’autres membres de son groupe, elle se sentit capable de dire non tout en semblant attentive aux autres. C’est après avoir fait ces changements qu’elle fut enfin promue associée.

Les hommes peuvent aider à la résolution de ce problème en s’exprimant aussi. Dans notre précédent article, nous avons observé que les hommes avaient l’habitude de dominer les réunions et d’interrompre les femmes**. Plutôt que se taire, les hommes peuvent utiliser leur voix pour attirer l’attention sur la contribution des femmes. Les hommes peuvent aussi collaborer au soutien et au mentorat. Lors d’un événement récent auquel nous avons assisté, 30 dirigeants étaient réunis autour d’une table pour une conversation sur une solution à l’écart existant entre les sexes. Avec un égal assortiment d’hommes et de femmes dans la salle, nous nous attendions à ce que le ménage de bureau incombe à une femme. Mais la seule personne qui prit des notes fut Richard Branson, le fondateur de la multinationale Virgin.

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Un dicton américain dit que nulle bonne action ne demeure impunie. Il n’est pas nécessaire que cela soit ainsi. Nous profitons tous quand nous encourageons les femmes et les hommes à contribuer au soutien, en les récompensant lorsqu’ils le font. Nous espérons que vous prendrez quelques pas dans cette direction – et que vous partagerez vos expériences dans la section des commentaires ici ou sur Facebook.

*OCDE (2012), Inégalités hommes-femmes : Il est temps d’agir, Éditions OCDE. http://dx.doi.org/10.1787/9789264179660-fr].

** Voir l’article qui suivra intitulé : Pourquoi les femmes se taisent-elles au travail.

Adam Grant est professeur à la Wharton School de l’Université de Pennsylvanie et l’auteur de « Give and Take: Why Helping Others Drives Our Success” [Les concessions des uns et des autres contribuent à notre propre succès]

Sheryl Sandberg est chef de l’exploitation de Facebook et le fondateur de LeanIn.Org.

 

Femmes au travail: Adam Grant et Sheryl Sandberg sur  6 décembre 2014

Cet article est le troisième dans la série sur la discrimination au travail.

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