Pourquoi mon État ne fermera pas ses portes aux réfugiés syriens

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Le New York Time

Par Jay INSLEE    Gouverneur démocrate de l’état de Washington.

20 novembre 2 015

 Quels sont, mis à part les Indiens, les Américains qui ne sont pas issus de l’immigration ?

Il faut aujourd’hui, plus de deux ans pour qu’un réfugié après de multiples vérifications soit admis aux États-Unis. Les services d’immigration sont bien équipés et consciencieux. On n’accepte que les émigrés qui correspondent à des critères bien précis. Le processus prend deux ans ou plus et l’attente est dans un camp de réfugiés. Il est regrettable de voir qu’on cède à la panique un peu partout, aux USA et dans le monde, alors que les événements demandent du courage et du sang froid.

Olympia, état de Washington – Au cours de la dernière semaine, un nombre croissant de gouverneurs, représentants, sénateurs et candidats à la présidentielle ont exigé que l’Amérique ferme nos frontières aux réfugiés qui fuient des horreurs indescriptibles aux mains de l’État islamique. Jeudi, la Chambre a adopté un projet de loi contenant des procédures de contrôle incroyablement onéreuses pour les nouveaux réfugiés en provenance de Syrie.

Le caractère américain est actuellement testé. Serons-nous conformes à notre longue tradition d’un pays qui offre une lueur d’espoir à ceux chassés de leur pays d’origine ?

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44 J’ai toujours cru que les États-Unis étaient un lieu de refuge pour ceux échappant à la persécution, la famine ou autre horreur qu’heureusement la plupart en Amérique ne connaîtront jamais.

Nous devons pour commencer examiner les chiffres en question. Dans le cas des réfugiés syriens, les États-Unis ont accepté de recevoir environ 5 pour cent de ceux qui fuient l’État islamique, aussi connu comme ISIS [Daech]. Ils seront autorisés dans notre pays seulement après que le gouvernement fédéral procède à un processus de sélection robuste et rigoureux. Le nombre de ceux qui arrivent dans chacun des États est faible : du 1er octobre 2014, au 30 septembre 2015, 25 réfugiés syriens se sont installés dans l’État de Washington.

Néanmoins, beaucoup de mes collègues-gouverneurs ont été rapides et ont proclamé avec force que leurs états étaient hors limites pour les réfugiés syriens – en dépit du fait que les gouverneurs n’ont pas le pouvoir de fermer les frontières de leur État pour les réfugiés. Ils ont parlé avant de savoir ce que le processus d’examen entraîne, et dans certains cas, ils ont ponctué leurs observations d’une rhétorique erronée qui divise en chargeant tous les Syriens des crimes de l’État islamique.

0Le projet de la Chambre des représentants qui, selon ses propres paroles le président Obama opposerait de son veto, aurait pour effet d’arrêter l’immigration des réfugiés fuyant la Syrie. C’est là une erreur motivée par la peur, et non l’élaboration d’une saine politique. Le projet ne propose aucune amélioration significative à ce qui est déjà un rigoureux processus de sélection. Il fermerait effectivement nos frontières aux victimes de l’État islamique.

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J’ai suggéré une différente approche. J’ai dit aux Washingtoniens que je ne me joindrais pas à ceux qui veulent diaboliser ceux qui fuient un pays ou la religion qu’ils pratiquent. Je défendrai notre réputation d’un pays qui embrasse la compassion et l’égalité et évite les campagnes de peur.

Comme de nombreux États, nous avons longtemps gardé une porte ouverte aux personnes qui fuient la violence et la répression. En 1975, Daniel J. Evans, un gouverneur républicain, a accueilli les réfugiés vietnamiens dans notre État, alors que d’autres États leur ont tourné le dos sur le même ton que nous entendons aujourd’hui au sujet des Syriens. L’invitation initiale du gouverneur Evans d’accepter 500 de ces réfugiés est devenue la base d’un programme de réaménagement réussi qui continue aujourd’hui, en aidant à reconstruire leurs vies à ceux qui fuient la guerre et la persécution. Aujourd’hui, près de 70.000 Vietnamiens-Américains vivent à Washington, et ils ont ajouté d’innombrables façons à la qualité de nos vies.

7 Nous accueillons aujourd’hui des réfugiés en provenance d’Afghanistan, d’Irak et de Somalie. En 2014, plus de 2800 réfugiés en provenance d’innombrables pays sont arrivés dans l’État de Washington, et personne n’a réclamé que nous les renvoyions d’où ils venaient.

Des expériences similaires ont pris place dans d’autres États dont certains étaient, jusqu’à récemment, chaleureux et ouverts aux réfugiés syriens. C’est pourquoi il est décourageant de voir avec quelle facilité les gens tournent le dos à la souffrance humaine – d’autant plus que ceux qui tournent leur dos sont ceux qui ont été choisis pour diriger.

L’Amérique a déjà été influencée par la peur. Et nous l’avons regretté. Ma maison est sur Bainbridge Island, une petite île sur Puget Sound à Seattle. C’est le premier endroit de la nation où les Américains d’origine japonaise ont été soumis aux ordonnances civiles d’exclusion du président Franklin D. Roosevelt. Ces Washingtoniens ont été assemblés sur les quais par des soldats et envoyés dans des camps d’internement.

222  Ils ont passé des années dans ces camps, alors même que leurs propres fils ont servi honorablement dans les forces armées américaines.    Ce fut sans rapport avec le pays que nous sommes, et nous pensons aujourd’hui à cette époque avec honte et regrets. Nous sommes une nation bâtie sur l’affirmation de notre chère liberté de religion, notre liberté d’expression, notre humanité et notre relation avec le reste du monde.

333Il est facile de perdre son chemin dans des moments comme celui-ci alors que nous avons tellement peur. La peur est puissante. Les attaques terroristes en France nous ont profondément choqué, et notre préoccupation pour notre sécurité est légitime.

 

Nous n’avons aucune garantie que la même chose ne puisse arriver ici, et aucun moyen d’éviter tous les risques. Les gouverneurs ont raison d’exiger que le gouvernement fédéral procède à l’examen approfondi des demandes des réfugiés. Je me suis cependant entretenu avec des fonctionnaires fédéraux à ce sujet et ils se sentent confiants que le processus en place pour tous les réfugiés politiques est intense et solide, prenant des précautions supplémentaires pour ceux qui fuient la Syrie. C’est le parcours et le processus le plus difficile pour entrer aux États-Unis – beaucoup plus difficile par exemple, que celui des personnes cherchant à obtenir des visas de touristes. Je sais que moi et d’autres gouverneurs serons vigilants et insisterons pour que le gouvernement fédéral continue à garder la sécurité des citoyens.

55Les gens ont raison d’être en colère et choqués que 129 personnes innocentes qui pensaient être en sécurité soient abattus dans Paris. Mais nous ne pouvons pas condamner tous les Syriens ou tous les musulmans de ces actes odieux. L’Amérique a été la victime de terroristes nationaux et étrangers. La responsabilité de ces actes doit revenir aux radicaux qui les ont commis et non pas à une religion, une race ou un pays d’origine.

Je ne nie pas ou condamne la peur qui a grossi depuis les attentats de Paris. Mais la peur peut être surmontée. Nous pouvons respirer profondément, nous tenir droit debout et évaluer les risques avec réalisme.

Et nous ne pouvons pas oublier les fois où nous avons été testé, lorsque nous avons échoué autant que lorsque nous avons réussi.

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Jay Inslee, un démocrate, est le gouverneur de l’état de Washington.

 

 

 

 

 

Jay Inslee, un démocrate, est le gouverneur de l’état de Washington.

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