Si votre enfant vous ment : C’est bon signe !

New York Times

SundayReview |

Par ALEX STONE

JAN. 5, 2018

Comme c’est intéressant ! Tout à l’opposé de ce qu’imaginent les parents. Il semble que très tôt les enfants savent instinctivement utiliser leur intelligence pour ignorer les demandes des adultes et se conduire de la manière la plus avantageuse pour leur bien-être. Mais que conclure sur la façon d’agir avec ses jeunes enfants: je demeure perplexe?

 

Les parents devraient-ils s’inquiéter lorsque leurs enfants découvrent le mensonge?

Il y a de grandes chances que la plupart d’entre nous diront oui. Nous pensons que l’honnêteté est un impératif moral, et nous essayons d’inculquer cette conviction à nos enfants. Les histoires de moralité classique comme “Le garçon qui cri au loup ” et “Pinocchio” parlent des dangers de la malhonnêteté, et les enfants qui mentent beaucoup, ou qui commencent à mentir à un jeune âge, sont souvent perçus comme anormaux sur le plan développemental.

Mais la recherche suggère que c’est tout le contraire. Le mensonge n’est pas seulement normal; c’est aussi un signe d’intelligence.

Des études ont prouvé que les enfants découvrent le mensonge vers l’âge de 2 ans. Au cours d’une expérience, on demande aux petits de ne pas regarder un jouet caché derrière eux pendant que le chercheur se retire de la pièce sous quelques prétextes. Quelques minutes plus tard, le chercheur revient et demande à l’enfant s’il a jeté un coup d’œil sur le jouet.

Cette expérience, conçue par le psychologue du développement Michael Lewis au milieu des années 1980 et réalisée sous une forme ou une autre sur des centaines d’enfants, a donné deux résultats cohérents. Le premier est que la grande majorité des enfants vont jeter un coup d’œil sur le jouet dans les secondes qui suivent le moment où le chercheur se retire. L’autre est qu’un nombre important d’entre eux mentiront à ce sujet. Au moins un tiers des enfants de 2 ans, la moitié des enfants de 3 ans et 80% ou plus des enfants de 4 ans et plus nient leur transgression, sans distinction de sexe, de race ou de religion familiale.

Les enfants sont, en outre, remarquablement doués pour le mensonge.

Dans une série d’études supplémentaires basées sur le même modèle expérimental, on montra à des adultes comptant parmi eux des travailleurs sociaux, des enseignants du primaire, des policiers et des juges, des images d’enfants mentant ou disant la vérité sur un méfait, dans le but de voir qui pourra repérer les menteurs. Étonnamment, aucun des adultes, pas même les parents des enfants, ne put détecter les mensonges.

Pourquoi certains enfants commencent-ils à mentir plus tôt que d’autres? Qu’est-ce qui les sépare de leurs semblables plus honnêtes? La réponse rapide est qu’ils sont plus intelligents.

\Le professeur Lewis a découvert que, les tout-petits qui mentent à propos de jeter un coup d’œil sur le jouet, ont des quotients intellectuels verbaux plus élevés qui peut aller jusqu’à 10 points de plus. (Les enfants qui ne regardent pas du tout le jouet sont en fait les plus intelligents de tous, mais ils sont rares.)

D’autres recherches ont montré que les enfants qui mentent ont de meilleures compétences fonctionnelles exécutives : un ensemble de facultés qui nous permettent de contrôler nos impulsions et de rester concentrés sur une tâche.

Ils ont aussi une faculté amplifiée de voir le monde à travers les yeux des autres, un indicateur crucial du développement cognitif connut sous le nom de “theory of mind” «théorie de l’esprit».

Remarquablement, les enfants atteints d’hyperactivité et de déficit de l’attention, qui se caractérisent par un fonctionnement dysfonctionnel plus faible, et ceux atteints de troubles autistiques, qui se distinguent par des déficits de la théorie de l’esprit, sont des indicateurs cruciaux du développement cognitif connu sous le nom de theory of mind, «théorie de l’esprit». Ces enfants-là ont du mal à mentir.

Les jeunes menteurs sont encore plus adeptes et bien ajustés socialement, selon des études récentes d’enfants d’âge préscolaire.

Le psychologue Kang Lee, qui étudie la mauvaise foi chez les enfants depuis plus de vingt ans, se plait à dire aux parents que découvrir que leur enfant ment à l’âge de 2 ou 3 ans est rassurant. Mais si votre enfant est à la traîne, ne vous inquiétez pas: vous pouvez accélérer le processus du développement des capacités fonctionnelles exécutives et de la théorie de l’esprit chez les enfants en utilisant une variété de jeux interactifs et rôles pour transformer les conteurs de vérité en menteurs en quelques semaines, a conclu le professeur Lee. Et enseigner aux enfants à mentir améliore leurs scores sur les tests de fonctionnement exécutif et la théorie de l’esprit.

Mentir, en d’autres termes, est bon pour le cerveau.

 

Ces résultats présentent un paradoxe pour les parents. Nous voulons que nos enfants soient assez intelligents pour mentir, mais nous sommes moralement peu enclins à les pousser à le faire. Et il y a des moments où la sécurité d’un enfant demande qu’il dise la vérité telle que, par exemple, dans les cas criminels impliquant la maltraitance ou l’abus. Comment donc pouvons-nous obtenir que nos enfants soient honnêtes?

En général, la carotte fonctionne mieux que le bâton. Les punitions sévères comme la fessée sont relativement inefficaces pour décourager le mensonge, et la recherche indique que cela peut même être contre-productif. Dans une étude, le professeur Lee et la psychologue du développement Victoria Talwar ont comparé les comportements de la vérité chez les enfants d’âge préscolaire ouest-africains de deux écoles, l’une utilisant des méthodes très punitives telles que les châtiments corporels pour discipliner les élèves. Et une autre qui favorise des méthodes plus douces telles que les réprimandes ou envoyer l’enfant au bureau du directeur. Les résultats ont démontré que les élèves de l’école la plus rigoureuse étaient non seulement plus susceptibles de mentir, mais aussi de bien meilleurs menteurs.

Les professeurs Lee et Talwar ont découvert qu’un enfant observant des compliments et des encouragements d’honnêteté qui ne sont pas punitifs décerné à d’autres enfants, tels que: «Si tu dis la vérité, je serai vraiment fier de toi» , favorise un comportement honnête.

Il en est également ainsi d’une simple promesse. De nombreuses études ont montré que les enfants, jusqu’à l’âge de 16 ans, sont moins susceptibles de mentir sur leurs méfaits, et les méfaits de leurs camarades s’ils ont promis de dire la vérité. Ce résultat a souvent été reproduit. La psychologue Angela Evans a également constaté que si les enfants sont moins susceptibles de jeter un coup d’œil sur le jouet lorsque le chercheur est sorti de la pièce s’ils promettent de ne pas le faire. Curieusement, cela fonctionne même avec des enfants qui ne connaissent pas la signification du mot «promettre». Un simple accord verbal – «Je dirai la vérité» – suffit. Il semblerait que les enfants comprennent l’importance de l’engagement verbal envers une autre personne dès la fin de l’enfance.

En ce qui concerne les contes de moralité infantiles, vous devriez éviter les plus sinistres. Le professeur Lee et d’autres ont trouvé que lire des histoires aux enfants sur les dangers de la tromperie, tels que “Le garçon qui appelle au loup ” et “Pinocchio,” ne les décourage pas de mentir. Mais au contraire, leur lire l’histoire de George Washington et du cerisier, par exemple, dans laquelle la vérité est accordée, réduit le mensonge, quoique modestement. Selon le professeur Lee et ses collègues, la clé pour favoriser un comportement honnête est un message positif – mettant l’accent sur les avantages de l’honnêteté plutôt que sur les inconvénients de la tromperie.

Vous pouvez aussi simplement payer les enfants pour être honnête. Dans une recherche impliquant des enfants de 5 et 6 ans, le professeur Lee et ses collègues ont attaché une incitation financière à dire la vérité. Mentir paie $ 2 aux enfants, mais confesser paie, depuis rien du tout jusqu’à $8. La question de cette recherche était: combien coûte la vérité? Quand l’honnêteté ne payait rien, quatre enfants sur cinq ont menti. Curieusement, ce nombre a à peine bougé lorsque le paiement a été porté à $2. Mais quand la compensation pour l’honnêteté monte à une fois et demie la valeur du mensonge – $3 au lieu de $2 – la balance penche en faveur de la vérité. En d’autres termes, l’honnêteté peut s’acheter, mais avec une prime. Le montant absolu en dollars n’est pas pertinent, a conclu le professeur Lee. Ce qui compte, c’est la valeur relative, c’est donc, pour ainsi dire, le taux de change entre l’honnêteté et la malhonnêteté.

“Leur décision de mentir est très stratégique”, a déclaré le professeur Lee. “Les enfants pensent en termes de ratio.” Ce sont, en effet, des enfants intelligents !

Alex Stone est l’auteur de “Fooling Houdini: Magicians, Mentalists, Math Geeks and the Hidden Powers of the Mind ,”Tromper Houdini: Magiciens, Mentalistes, Geeks Matheux et les pouvoirs cachés de l’esprit.”

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