Thomas Piketti, le phénomène américain

Si nul n’est prophète en son pays, être prophète en France est encore plus difficile.

Thomas Piketty, professeur à l’École d’économie de Paris, est l’auteur du livre Le Capital au XXIe siècle qui est soudainement devenu un must-read aux États-Unis.

Amazon n’arrive pas à le garder en stock et Le Capital au XXIe siècle a grimpé sur la liste des best-sellers du New York Times.

Pourtant l’ouvrage n’a pas fait une telle sensation quand il parut en France en 2013. L’éditeur américain de M. Piketty, Harvard University Press, manifestement pris au dépourvu, s’est précipité pour répondre à la demande. « Nous avons six impressions en route »déclare l’éditeur du livre. « Deux aux États-Unis, une en Angleterre et une en Inde ».

Thomas Piketty est l’exemple le plus récent d’un phénomène : un intellectuel dont la célébrité instantanée, reflète les sentiments du moment et devient une mode.

Des mois avant la date de parution américaine, l’ouvrage faisait déjà l’objet de discussions animées sur l’internet entre commentateurs et critiques.

Entre-temps, M. Piketty a été invité à Washington où il a rencontré des membres de l’administration Obama, puis retournant à New York, il a été assiégé pour accorder toute une suite d’interviews à la radio et à la télévision.

Ce succès d’estime représente une belle contrepartie pour un ouvrage que l’essayiste français Nicolas Baverez a qualifié dans Le Point de farce, et traité son auteur de pape de l’impôt, et de marxiste de sous-préfecture. Cette anecdote est révélatrice de l’état d’un débat en France.

Une logique financière douteuse et sans fondement, d’après Hunter Lewis tel que reporté sur le site internet de Contrepoints

« C’est amusant de voir que The Economist ou le Financial Times se révèlent plus ouverts que certains journaux français ». A noté Thomas Piketti dans une interview de Stéphane Lauer au journal Le Monde. « Ce qui me gêne, c’est que, d’une certaine façon, cette anecdote est révélatrice de l’état du débat dans notre pays. Il y a une telle peur du déclassement en France qu’on est en permanence dans un débat électrisé entre des gens de droite qui accusent des gens de gauche de vouloir tuer la compétitivité du pays et qui n’arrivent même plus à lire et à regarder ce que pense l’autre », a-t-il poursuivi.

L’économiste américain Paul Krugman, Prix Nobel 2008, a été le premier a complimenter l’auteur dans un éditorial au New York Times: « Piketty a transformé notre discours économique. Nous ne parlerons plus jamais de richesse et d’inégalité de la même manière », affirme-t-il, parlant du livre du Français comme « le plus important de l’année – et peut-être de la décennie

L’intérêt dont font preuve les Américains pour la question de la montée des inégalités n’est pas aberrant. « Les inégalités ont augmenté davantage aux États-Unis qu’en Europe au cours des trente ou quarante dernières années » explique au journal Le Monde, M. Piketty. « Mais surtout, les États-Unis ont toujours eu une relation beaucoup plus compliquée avec cette question que ce que l’on imagine parfois en Europe».  «Le pays a une tradition égalitaire très forte et s’est construit autour de cette question en opposition à une Europe elle-même confrontée à des inégalités de classe ou patrimoniales. Ensuite, il ne faut pas oublier que ce sont les États-Unis qui, il y a un siècle, ont inventé un système de fiscalité progressive sur les revenus, justement parce qu’ils craignaient de devenir aussi inégalitaires que l’Europe», confie-t-il.

Branko Milanovic, un autre économiste, ancien principal à la Banque mondiale, a appelé l’ouvrage : “un des livres de base de la pensée économique, qui pourrait changer ce que nous pensons de l’histoire économique des deux derniers siècles. Il est certain qu’aucun livre d’économie au cours des dernières années n’a reçu autant d’attention ».

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Dans les années cinquante, le chef de l’exécutif américain moyen était payé environ vingt fois plus que l’employé typique de son entreprise. Aujourd’hui, selon le rapport des sociétés du magazine financier américain Fortune 500, le rapport de rémunération est plus de deux cents à un, et de nombreux chefs d’entreprise gagnent encore plus. Tim Cook d’Apple a reçu une rémunération en 2013 de 4,25 millions de dollars qui se compare au salaire moyen d’un employé chez Apple qui va de $40 000 à $133 000. Par ailleurs, un travailleur typique de la chaine de magasins Walmart gagne moins de vingt-cinq mille dollars par an.

« Finalement », dit Piketty, « nous pourrions voir la réémergence d’un monde familier aux Européens du XIXe siècle et il cite les romans de Austen et Balzac. Dans cette «société patrimoniale,” un petit groupe de riches rentiers vivait sans compter sur les fruits d’une richesse héritée. « Aux États-Unis, en particulier, ce serait un destin cruel et ironique.”», écrit Piketty, “et le Nouveau Monde serait sur le point de devenir la vieille Europe de l’économie mondialisée du XXIe siècle”.

Si les tendances actuelles se poursuivent, Thomas Piketty voit des conséquences ” potentiellement terrifiantes “.

Avec «Le Capital au XXIe siècle» Piketti démolit l’un des mythes préférés des conservateurs américains, l’insistance que nous vivons dans une méritocratie, une société dans laquelle la richesse se gagne et se mérite. Dans la mesure où les riches tireraient une grande richesse de l’héritage et non pas du fruit de l’entreprise, ce point de vue serait sans défense.

Reconnaissance,

mieux vaut tard que jamais

Lu dans la presse française du 23 janvier 2015

 Face à Piketty, Macron reconnaît l’« échec » du modèle français.

Dans son discours ouvrant un colloque organisé à Bercy,

le ministre de l’Economie a reconnu que

la France était «en échec»

face aux inégalités économiques et sociales.

Un aveu effectué devant l’économiste Thomas Piketty,

très critiqué à l’égard de la politique économique du gouvernement.

dont le livre «Le Capital au XXe siècle» connait un succès planétaire

depuis sa sortie et qu’Emmanuel Macron a lu.

 

La prochaine fois, bien que je ne sois pas un économiste, j’essaierai d’expliquer la théorie du Capital au XXIe siècle.

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