Un peu de réalité au sujet de l’immigration

Les Pages Opinion

The New York Times

David Brooks

19 février 19 2016

Il est difficile d’imaginer qu’il puisse y avoir une telle opposition à l’immigration aux États-Unis. Puisque seuls les Indiens américains peuvent se revendiquer, ne pas descendre de parents immigrants. Donald Trump est d’ascendance allemande par son père et d’ascendance écossaise par sa mère.

S’opposer à l’immigration est pour un américain révoquer ses propres origines. L’éditorial qui suit dévoile les bienfaits de l’immigration que ceux qui s’y opposent dénient, soit par ignorance, par manipulation politique ou par égocentrisme.

Donald Trump a bâti sa campagne sur la promesse de construire un mur le long de la frontière mexicaine. L’idée, bien qu’irréalisable, retient l’attention, mais ce qui est frappant est qu’elle ne soit pas bien loin de l’orthodoxie républicaine actuelle.

7 Il y a peu de temps, un mouvement pouvait être conservateur tout en ayant une politique d’immigration relativement compréhensible. Ronald Reagan, Jack Kemp, Steve Forbes et George W. Bush prirent tous des positions conciliantes sur l’immigration.

Mais les temps ont changé. Aujourd’hui, on prouve ses qualités conservatrices en annonçant que l’on veut expulser les étrangers sans papiers. Aujourd’hui, on le prouve en opposant les flots d’immigration les plus élevés. Aujourd’hui, Donald Trump entraîne les foules républicaines à genoux en tapant sur les supposées hordes criminelles qui s’infiltrent depuis le Mexique.A

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Le problème avec cette nouvelle orthodoxie est qu’elle est totalement dépassée. Elle est basée sur une vision de l’immigration qui réfléchit peut-être les réalités de 1980, mais qui a peu à voir avec la réalité d’aujourd’hui.
Le nombre d’immigrants illégaux qui envahissent le pays est en baisse et non pas en hausse. Le flot d’immigrants atteint un sommet en 2005 et a diminué depuis. La proportion d’immigrants en provenance de l’Amérique latine est en forte baisse. Depuis 2008, plus d’immigrants sont venus d’Asie que d’Amérique latine, et l’écart est de plus en plus grand.

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Plus de Mexicains quittent les États-Unis qu’ils n’en arrivent. Selon le Pew Research Center, on a constaté de 2009 à 2014 une sortie nette de 140.000 personnes. Si Trump construit son mur, il va emmurer davantage d’immigrants mexicains qu’il n’en gardera au-dehors.

Trump décrit la prétendue menace de crime commis par des immigrants. Mais l’ensemble de l’évidence prouve le contraire. Les immigrants rendent les rues américaines plus sûres. Seul environ 1,6 pour cent des hommes immigrants âgés de 18 à 39 ans sont incarcéré, comparé à 3,3 pour cent des hommes de la même tranche d’âge nés en Amérique. Environ 11 pour cent parmi ces derniers sont sans diplôme d’études secondaires, et incarcérés. Parmi les hommes mexicains guatémaltèques et salvadoriens en Amérique et d’instruction similaire, seule 2 ou 3 pour cent sont incarcérésA

rr Une étude conduite entre 1994 et 2004 sur 103 villes a démontré que les taux de crimes violents diminuent lorsque la concentration d’immigrants augmente. De nombreuses autres études ont démontré qu’une grande part de la baisse du taux de criminalité dans les années 1990 est le résultat de l’accroissement de l’immigration.

Trump joue sur la menace du terrorisme. Mais la véritable menace est que nos organismes frontaliers passent tellement de temps à traquer les gens qui cherchent à devenir jardiniers qu’ils ne disposent plus de ressources pour traquer les gens qui veulent devenir des kamikazes. Lutter contre le terrorisme en combattant l’ensemble de l’immigration est équivalent à lutter contre les germes avec un marteau.

4 Il y a une raison qui explique pourquoi les républicains de Reagan jusqu’à Bush ont soutenu des politiques d’immigration relativement ouvertes. Les immigrants sont et ont toujours été bons pour l’Amérique.

Un nouveau sommaire sur la recherche produite par the National Academy of Sciences, Engineering and Medicine [l’Académie nationale des sciences, de l’ingénierie et de la médecine] a constaté que les immigrants s’intègrent dans la société aussi bien qu’auparavant. La majeure partie de l’évidence prouve que les immigrants ont un effet extrêmement positif sur le total du PIB américain, tout en n’ayant qu’un effet modéré sur l’ensemble des salaires. La poussée de l’immigration asiatique occasionnera l’arrivée d’un grand nombre de personnes hautement qualifiées possédant un niveau d’éducation plus élevé que celui de l’Américain moyen, des niveaux de productivité plus élevés et des revenus plus élevés.

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Alors, pourquoi le message de Trump passe-t-il ? Cela est dû au fait que la croissance économique a été lente et les salaires ont stagné (la plupart du temps parce que la technologie supplante les travailleurs) ; le gouvernement est dysfonctionnel et la question de l’immigration est devenue le symbole de la façon dont les élites ne sont plus en rapport avec le grand public.

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Mais c’est surtout l’affrontement de deux tendances : le vieillissement du G.O.P [party républicain] et le bronzage de l’Amérique. La base primaire républicaine élémentaire est composée de plus en plus de personnes âgées, qui ont des points de vue nettement plus négatifs sur l’immigration. Deuxièmement, en 2044, l’Amérique deviendra un pays de majorités et de minorités. C’est là une très différente Amérique que celle que les gens qui ont grandi dans les années 1960 ont connue. C’est une transformation historique qui est destinée à soulever des préoccupations tout à fait légitimes.

Cependant la façon dont les républicains peuvent répondre à ces préoccupations, n’est pas de construire un mur ou de traiter les immigrants comme des envahisseurs étrangers et suspects. C’est de travailler sur notre système d’immigration légale, de rendre le système suffisamment ample et simplifié de sorte que la plupart des gens arrivent ici en suivant le droit chemin et de manière à ce qu’ils puissent être examinés.

Ce serait admettre davantage d’immigrants qualifiés et moins de ceux qui ne le sont pas. Ce serait une énorme aubaine pour l’ensemble de l’économie. Ce serait rendre notre politique d’immigration moins plausible de ne servir que les élites en leur fournissant un abondant approvisionnement de nounous et de manicuristes. Réduire le nombre d’immigrants non qualifiés peut aider à augmenter les salaires des natifs américains non qualifiés et soulager leurs préoccupations légitimes.

Le G.O.P. [parti républicain] de Donald Trump est un parti de rétroviseurs se languissant pour une Amérique blanche qui ne reviendra jamais. Le G.O.P. de Ronald Reagan, et peut-être un G.O.P d’avenir, fixera le système d’immigration et attirera les personnes qui rendront le pays innovant, dynamique et intéressant pour les décennies à venir.

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Une version de cet éditorial apparaît dans la presse le 19 février 2016, page A31 de l’édition de New York avec le titre: Un peu de réalité sur l’immigration. Papier d’aujourd’hui | abonner

 

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