Un plan pour sauver les réfugiés et pour l’ouverture des frontières d’Europe

La page Éditorial

Par le Conseil de Rédaction du New York Times

10 Septembre 2015

Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne, le plus haut fonctionnaire de l’Union européenne, a établi un plan pour distribuer 160.000 réfugiés parmi les membres de l’Union Européenne par quotas obligatoires. C’est un plan que l’Europe doit tout simplement adopter si elle veut maitriser la crise et rester fidèle à son histoire et ses valeurs.

Il ne fait aucun doute qu’il n’y a pas de solution simple à cette calamité. Environ un demi-million de personnes est déjà entré en Europe cette année et des centaines de milliers d’autres sont sur le point de les suivre venant du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord. Mais le désarroi et l’incompétence de l’Europe face à l’afflux de réfugiés n’a fait qu’aggraver les choses, à faire des ravages et créer le chaos dans les pays en première ligne tels que la Grèce, l’Italie, la Hongrie ainsi que tout au long des itinéraires empruntés par les réfugiés qui tentent de rejoindre un refuge sûr.

7Beaucoup d’Européens ont individuellement réagi avec compassion, et l’Allemagne et la Suède ont été exemplaires en acceptant un grand nombre de réfugiés. Mais l’image choquante d’une camérawoman hongroise faisant délibérément un croche-pied à un homme fuyant la police est devenue l’icône d’un jeu agressif dans de nombreuses parties de l’Europe, contre la migration de masse, contre des camps de réfugiés incendiés et le jeu des démagogues xénophobes pestant contre une invasion islamique.

Quelle que soit l’envergure de la crise, il est regrettable que les choses en soient venues jusque là. Cela n’aurait pas dû être surprenant: quatre millions de Syriens fuyant la guerre civile dans leur pays ont débordé depuis longtemps des camps de réfugiés en Turquie, au Liban et en Jordanie, tandis que des bateaux pleins de malheureux ont depuis des années risqué la mort pour traverser la Méditerranée. Gérer cela était certainement dans les moyens d’une Europe riche et unie.

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La proposition de M. Juncker n’est pas une panacée, et laisserait encore des centaines de milliers de réfugiés en Europe à la recherche d’un endroit où émigrer. Mais il représente une approche que l’UE devrait avoir adopté dès le début. Comme l’a souligné M. Juncker, les 160 000 réfugiés ne représentent que 0,11 pour cent de la population totale de l’Union, et les nouveaux venus pourrait être la perfusion de jeunesse et d’énergie dont Europe vieillissante a besoin.

Adoptant ce plan d’action relativement modeste est essentiel non seulement pour des raisons humanitaires évidentes, mais aussi pour inverser la menace sur la survie de l’UE et son système de frontières ouvertes. Sur ce point la chancelière allemande Angela Merkel, en le soulignant à maintes reprises émerge comme la voix européenne la plus forte pour une action charitable et unie.

0Une résistance à la proposition de M. Juncker est certaine. Le Premier ministre hongrois, Viktor Orban, a honteusement soutenu de refuser les réfugiés, principalement des musulmans, “pour maintenir l’Europe chrétienne,” et plusieurs autres nations ont résisté à des quotas. Le Premier ministre de Grande-Bretagne David Cameron a déclaré qu’il ne participerait pas au plan de M. Juncker, et accepterait seulement 20.000 Syriens au cours des cinq prochaines années, qui viendraient directement à partir des camps du Moyen-Orient.

Lorsque les ministres européens de l’Intérieur se réunissent ce lundi, ils devraient se rappeler que beaucoup de leurs propres citoyens ont été eux-mêmes des réfugiés il n’y a pas si longtemps, et que leur union a été fondée sur des valeurs qui se sont développées sur la base de leur propre histoire de souffrance et de fuite. Ils doivent comprendre qu’au-delà du simple partage d’un fardeau ils sont appelés à faire ce que dicte la conscience.

L’adoption du plan Juncker devrait être le début tant attendu d’un effort européen face à la crise beaucoup plus étendu, comportant des lieux sécurisés et des règles communes pour les demandeurs d’asile et les réfugiés, de meilleures opérations de recherche et sauvetage en Méditerranée et un système équitable de relocalisation.

Alors que l’Europe se décide à agir, les Etats-Unis doivent faire de même. Le président Obama a indiqué que les Etats-Unis prendraient au moins 10.000 réfugiés syriens. Mais la Maison-Blanche a également souligné que l’Administration ne ferait rien pour accélérer le processus d’examen des réfugiés qui peut prendre jusqu’à deux ans. Ce chiffre dérisoire établit un terrible exemple pour les autres nations a qui on demande de participer à cet urgent défi.

«Les réfugiés passent par un processus de sécurité le plus sévère de tous ceux qui considèrent voyager aux États-Unis», a déclaré M. Earnest, le porte-parole du président. “Les réfugiés doivent être examinés par le [National Counter Terrorism Center] le Centre national de lutte contre le terrorisme, par le centre d’examen du Terrorist Screening Center du FBI. Ils sont filtrés au travers de bases de données qui sont maintenues par le DHS, le ministère de la Défense et la communauté du renseignement. Des informations biographiques et biométriques sur ces personnes sont également collectées”.

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Il fut un temps où les États-Unis on offert refuge à des dizaines de milliers de réfugiés à la fois. En 1979, Ils ont donné refuge à 111.000 réfugiés vietnamiens et en 1980 ce chiffre a presque doublé pour atteindre 207 000. Vers la même époque, les États-Unis ont admis plus de 120.000 réfugiés cubains au cours de l’exode de Mariel, dont plus de 80.000 en un seul mois.

Mais après les attentats du 11 septembre 2001, le nombre de réfugiés admis aux États-Unis a fortement ralenti, tombant à 27 131 en 2002. Les chiffres ont augmenté de façon constante depuis l’année dernière et s’est relevé jusqu’à 69 987 – juste au-dessous d’un plafond de 70.000. Il faut au moins un an et parfois deux à la plupart des réfugiés pour naviguer dans le système.

8«Les Etats-Unis ne peuvent plus fournir quelque chose qui approcherait un sanctuaire immédiat aux réfugiés qui fuient la guerre ou craignent pour leur vie», a déclaré Sarah Margon, la directrice de Human Rights Watch à Washington. «Le système est tout simplement trop embourbé par des obstacles bureaucratiques», dit-elle.

“Dix mille est un nombre honteusement faible étant donné l’ampleur de cette crise et le fait que les États-Unis ont longtemps été un chef de file mondial en matière de relocation», a déclaré Eleanor Acer de human Rights First, une organisation non lucrative basée à New York.

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